J’ai tiré le 5 de Nuages – La Comparaison et c’est un poignard.
Pas un poignard pour tuer — un poignard pour déterrer le cadavre des illusions qu’on a semées dans ma gorge depuis l’enfance.
Un chêne. Un bambou. Deux formes de verticalité. Et moi ?
Moi je suis l’arbrisseau ricanant qu’on moquait dans les cours de récréation et qu’on admire après sa pendaison.
Tu veux savoir pourquoi je suis sec ?
Parce que je me suis trop comparé.
Parce qu’à force de me regarder dans les yeux des autres, je suis devenu flou.
Parce que mon feu s’est éteint sous la pluie des jugements, même ceux que je croyais tendres.
Même l’amour, cellui qui t’aime pour ce que tu pourrais être, ce n’est pas de l’amour. C’est un programme d’extermination lente.
La comparaison est une perversion douce.
C’est se réveiller chaque matin et dire : « Suis-je aussi utile qu’un autre ? Aussi désirable ? Aussi vivant ? »
Et pendant que tu pèses tes rides, tes vers, ton compte en banque, tes grades,
tu oublies de danser.
Tu oublies d’être.
Je me suis rêvé chêne — fort, viril, intelligent, enraciné.
Puis je me suis dit : « Non, sois souple, glisse, souris, deviens bambou. »
Mais je ne suis ni l’un ni l’autre. Je suis un morceau de bois noirci, abandonné dans les ruines d’un monde bourgeois qui ne sait plus nommer ce qui n’a pas de prix, qui ne voit que valeur chiffrée là où devrait y avoir usage.
Alors j’essaie aujourd’hui — je dis bien j’essaie — de n’être que cela : moi.
Pas ce que vous attendez. Pas même ce que je voulais.
Moi.
Un bois sec peut encore flamber.
Rubaiyat
Entre le chêne et le bambou, j’ai cherché
Un nom, une forme, un droit d’exister.
Mais la forêt m’a dit : tais-toi, sois nu —
Et l’arbre que tu es, ose l’incarner.
Ghazal
Je me suis mesuré à l’éclat d’un autre feu,
Et j’ai nié la braise douce qui dormait en moi.
Le monde veut peser ce qui ne se pèse pas —
Alors j’ai vendu ma lumière pour leurs lois.
Comparé, j’ai cru être moins, j’ai cru être de trop —
Mais il n’y a pas deux lunes, ni deux fois.
M’aurais-tu aimé pour ce que je pouvais devenir ?
Alors je t’aurais quitté, et c’était ma seule voix.
Moi, enfant des cendres, banni des miroirs —
Je suis ce que je suis : et cela est roi.
Haïku
Chêne et bambou rient —
je ne suis ni l’un ni l’autre.
Mais je me tiens droit.
Et toi, qui doutes, qui compare,
brûle ce miroir.
Et marche.
Tel que tu es.
💫
<3