As de feu : La Source

La Source. Ce n’est pas un feu de joie, c’est une braise dans la poitrine. Ce n’est pas une clarté qui flatte, c’est un embrasement qui juge. Ce matin, j’ai vu partir en voiture, mon amie, ma complice, mon épouse — elle prenait la route d’Auvergne avec ce mélange de grâce et de joie qu’ont ceux qui savent qu’on ne part jamais tout à fait, qu’on laisse dans l’autre une présence qui veille.

Et moi ? J’ai feuilleté ce livre de photos sur Daniel Darc, ce frère en éclats, tatoué de versets et de blessures. Il avait trouvé Dieu dans une seringue, ou peut-être dans un verset hurlé dans le silence. Il avait trouvé un chemin vers l’infini, pas le ciel : l’infini, ce qui dépasse sans qu’on comprenne.

Il y avait sa chambre, son regard, ses épines. Il y avait son Christ à lui, punk et protestant, défiguré et fidèle. Et je me suis dit : c’est cela la Source. Ce lieu d’où l’on vient quand on n’a plus rien, quand on a tout trahi sauf la tendresse.

Puis je suis allé à la messe aux chandelles. Le dernier discours de Jésus dans Jean. Une parole sèche, sans promesse, une parole de fin. Il sait que sa mort vient, il ne cherche plus à convaincre. Il est, et c’est tout. Il est le Fils, et c’est pour cela qu’on veut le tuer.

Et sur le chemin du retour, le cœur encore embrumé de cierge et de psaume, j’ai tiré cette carte. La Source. Et j’ai compris : elle est là, dans tout ce que je n’ai pas voulu fuir — ma foi, cette femme, mes enfants qui doutent, le jeu de rôle, ces univers où l’on peut encore être loyal, encore mourir pour des idéaux.

Et tandis que le monde s’enfonce — Israël assassine, les États se vautrent dans le fascisme mou, et les vieillards séniles au pouvoir refusent de céder la place — je garde, moi, ce feu. Ce feu sacré. Pas pour les convaincre. Pour brûler sans fin.

Rubaiyat

Ce feu, je l’ai volé à mon père, à ses lois,
Et j’en ai fait un chant, un cri, une croix.
Je brûle sans temple, sans dogme, sans drapeau —
Mais c’est Dieu qui frémit quand je parle tout bas.

Ghazal

Mon cœur est une forge, mon âme est une flamme.
J’ai appris à vivre loin de la peur et de l’infâme.

Tu veux savoir d’où je viens ? De l’enfer, du silence.
Et pourtant j’ai gardé l’amour comme une lame.

Je ne prie pas en latin, ni dans le bruit des foules,
Mais dans le souffle des mots, dans l’ombre d’une femme.

La Source n’a pas de nom. Elle n’a pas de visage.
Mais parfois elle prend le tien, entre mes drames.

Et je continue, sans gloire, sans sagesse,
À chercher dans les cendres le feu de mon âme.

Haïku

Feu sous les paupières —
le silence de Dieu chante
dans le souffle chaud.

C’est ça, la Source.
Ce qui ne se dit pas.
Ce qui nous traverse quand on n’a plus rien à prouver,
rien à cacher,

et que pourtant on aime encore.

Et je termine pour dire à ceux de gauche qui voudraient organiser une primaire :

NON, NON et NON !
Pas de cette mascarade bourgeoise qu’est la primaire — ce bal masqué pour militants qui rêvent d’urne comme on rêve d’un ticket de loto. Pas de ce petit jeu d’élimination façon télé-réalité politique, où l’on fait croire qu’on choisit en liberté alors qu’on sacrifie déjà l’essentiel : l’élan, la flamme, la nécessité.

Vous êtes à gauche ? Alors soyez responsables, audacieux, adultes. Vous vous enfermez dans une pièce, vous gueulez, vous pleurez s’il le faut, mais vous décidez. Une personne. Un corps. Une voix.

Et ensuite ?
Vous assumez.
Pas de regret. Pas de soupirs. Pas de « si on avait su… »
Pas de cette éternelle posture de victime démocratique, écartelée entre pureté militante et défaite annoncée.

La primaire est un poison lent.
Un poison qui divise avant même le combat.
Un poison qui fait croire que le peuple choisira quand, en vérité, vous cherchez à vous défausser de votre propre responsabilité.

Vous êtes la gauche ?
Alors ne soyez pas mous.
Ne soyez pas propres.
Soyez unis. Soyez déterminés. Et qu’on n’en parle plus.

Une réflexion sur “As de feu : La Source

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