Envie aujourd’hui de parler d’autre chose de ce que vous savez.
Un certain jour de début de carême 2025
Ce matin-là, je n’ai pas pris le train pour Rome. Je n’ai pas pris le ciel ni les ruelles antiques, ni le Tibre paresseux, ni les colonnes triomphantes. Ce matin-là, je suis simplement sorti de chez moi. J’ai chaussé mes pauvres souliers, j’ai refermé la porte sur les habitudes, et j’ai pris le chemin. Le chemin le plus humble. Le plus court. Celui que tant méprisent parce qu’il n’a pas de nom glorieux. Trente-cinq minutes. Trente-cinq petites minutes de marche à pied. Et pourtant, j’étais en pèlerinage.
Car il n’y a pas de petit pèlerinage. Il n’y a pas de marche sans mystère. Il n’y a pas de pas, fût-il le plus modeste, qui ne puisse devenir offrande. Car ce n’est pas la distance qui sanctifie. C’est l’intention. Ce n’est pas le sol foulé qui importe, mais le cœur soulevé. Le pèlerinage, c’est d’abord un déplacement intérieur. Et ce matin-là, j’étais une personne humaine en route vers lae grand·e « IEL », vers l’expression la plus sacrée de ce qu’est la Nature.
Et je me disais : nos jeunes ami·e·s sont à Rome, nos prêtres à Rome, notre paroisse représentée dans la cité éternelle. Eux sous les voûtes glorieuses, eux devant les fresques, eux entre les colonnes et les martyrs. Et moi, ici. Presque seul. En silence. Mais avec eux, pourtant. Avec eux, par la prière. Avec eux, par la mémoire. Avec eux, par la communion des saints. Je portais leur nom, un par un, sur le fil de mon chapelet. Je les offrais à Marie, dans la lumière tremblante de cette basilique parisienne.
Ah, Notre-Dame du Perpétuel Secours ! Elle n’est pas Sainte-Marie-Majeure, mais elle y est liée. Elle n’est pas romaine, mais elle est basilique. Et cette icône que j’y ai contemplée n’est qu’une copie, mais quelle copie ! Car l’amour de Marie se laisse refléter mille fois, sans jamais s’amoindrir. Il se laisse reproduire, comme un pain rompu qu’on partage sans qu’il diminue.
La Porte Sainte n’était pas indiquée. Mais j’ai franchi la seule porte visible, avec les yeux de la foi. Et c’est suffisant. C’est plus que suffisant. Car dans cette porte, j’ai vu l’accès au Royaume. Dans ce seuil, j’ai reconnu Celui qui m’invite. Et après la marche : l’oraison, la messe, l’adoration. Trois actes d’un même mystère. Trois silences qui parlent plus que les longs discours. Trois gestes qui réconcilient l’âme et le monde. S’asseoir au pied de l’arbre lumineux au bord du Cosmos.
Et je me disais encore : il y a des maxi pèlerinage, et il y a des mini pèlerinages. Et dans chacun, si le cœur est vrai, il y a la même offrande, le même feu, le même élan. Car IEL ne mesure pas nos kilomètres. Iel pèse notre amour qui est sans poids. Et peut-être qu’un seul pas dans la fidélité vaut tout un voyage dans l’oubli. Peut-être qu’un Ave murmuré en marchant entre deux haies vaut un psaume chanté sous les ors.
Mes frères, mes sœurs, il n’y a pas de chemin pauvre s’il mène à IEL. Il n’y a pas de marche inutile si elle se fait en adelphité. Et Paris, Villeneuve, Rennes …etc…, elles-mêmes deviennent Rome, quand le cœur est en pèlerinage.
Haïku
Trente-cinq minutes,
le ciel suit mes pas humbles —
Rome est dans mon cœur.
Tanka
Je n’ai pas quitté
les pierres de mon quartier,
et pourtant je vais
là où tous les saints prient Dieu
dans la lumière de Rome.
Sonnet bancale
Je n’ai pas vu le dôme au sommet des collines,
Je n’ai pas vu les saints figés dans leur splendeur,
Ni le souffle du vent sur les pierres divines,
Mais j’ai marché, le cœur en feu, dans ma douceur.
Trente-cinq pas, encore, et puis trente-cinq autres,
Et ma rue devenait un chemin de lumière.
Le trottoir gris se changeait en lierre de cloître,
Chaque feu de voiture en chandelle première.
Dans l’église modeste, un vieux chapelet vibre,
Et les voix des anciens s’élèvent, calmes, libres —
Marie tend son regard sur nos mains fatiguées.
Ô pèlerin, n’attends ni Rome ni miracle :
Fais de ta rue un chant, de ton pas un oracle,
Car IEL marche avec toi, même aux heures voilées.