Sauver la MEL

En pensant à la Maison des Écrivains et de la Littérature (MEL) qui ne reçoit pas les subventions de l’état.

Sauvons. Sauvons ce qui reste de la lumière dans les mots, des éclats dans la nuit opaque et épaisse des consciences. La Maison des écrivains et de la littérature, lieu fragile mais nécessaire, risque de s’éteindre, non pas d’une mort naturelle mais étranglée par les mains moites de la bourgeoisie financière contemporaine en ses représentant du ministère de la culture. Cette bourgeoisie saumâtre et étriqué qui n’aime rien, pas même elle-même, et encore moins ce qui dépasse, ce qui bouleverse. Ils appellent cela « rationaliser », « redéfinir les priorités », pour finir par le « ce n’est pas ma faute ». Mais nous savons ce que cela signifie : détruire, effacer. Il est bien des façons de bruler les livres.

Une maison, cette Maison, ce ne sont pas seulement des murs et des livres, c’est un foyer. Un foyer pour écrivain. Un espace où les mots trouvent refuge, où les idées déploient leurs ailes, où les imaginaires s’embrasent pour illuminer les esprits fatigués, pour partir à l’assaut des écoles et parler aux enfants de la réalité d’écrire, de lire. Les écrivains, les lectrices et lecteurs, les passeureuses d’histoires y trouvaient un écho, une raison de continuer. C’est un bastion contre le désert intellectuel.

Mais voilà que les puissants, fascinés par le néant de leurs pouvoir, veulent laisser mourir ce bastion en ne respectant pas la promesse. Ils veulent une littérature de confort, de conformité, aseptisée, prête à consommer, rentable pour des actionnaires. Une littérature blanche ou de genre, sans souffle, sans sève, publicitaire. Iels méprisent la culture comme iels méprisent l’agriculture du paysan finalement, comme ils méprisent tout ce qui ne correspond pas à leur vision étriquée, financière et industrielle du monde. Ils haïssent la diversité, la transgression, la subversion. La Maison des écrivains et de la littérature, elle, est un rempart contre leur médiocrité en aidant les écrivains, en favorisant résidence, plongée dans les écoles. Et c’est pour cela qu’iels la rêvent morte, et en pouvant dire « ce n’est pas ma faute ».

Le livre en danger

Ils ne comprennent pas, ces gouvernant·e·s sans âme, que tuer la littérature, c’est tuer la vie. Pas seulement le livre, l’objet marchand cher à leur idéologie, mais l’idée même de récit, de pensée. Ils ne comprennent pas que le livre, c’est un espace où l’on peut respirer librement. Le livre est une arme contre leur monde, leur vacuité, un miroir qu’ils craignent car il leur renvoie leur propre laideur.

Par ailleurs, l’édition française des actionnaires vacille. Elle ne se renouvelle plus, prisonnière de ses vieilles gloires, accrochée aux noms qu’elle connaît par peur d’en découvrir d’autres. Les petites maisons d’édition indépendantes, elles, se battent pour survivre, face à des géants financiers qui ne voient dans la littérature qu’un produit pour verser des dividendes à des actionnaires. Nous sommes dans une ère où l’écrivain doit mendier pour exister, où l’écrivain doit justifier sa place. Où l’écrivain, surtout s’il est marginal, est réduit au silence.

La littérature comme résistance

Mais la littérature est une insoumise. Elle ne mourra pas, même si la Maison des écrivains venait à disparaître. Elle trouvera d’autres refuges, d’autres voix. Elle est comme ces herbes qui poussent entre les dalles de béton, indomptables, impossibles à éradiquer. Et nous, nous les peuples en manque de sens, devons la protéger. Nous devons nous battre pour elle, comme nous nous battons pour la justice, pour la liberté, pour la dignité humaine.

Car la littérature, comme le disait Proust, est la vie éclaircie, la vie pleinement vécue. La littérature est la vraie vie. Elle nous sauve du néant, elle nous sauve d’eux. Sauver la Maison des écrivains, c’est sauver une part de nous-mêmes, une part de ce qui fait de nous des êtres humains.

Rubaiyat

Les murs tremblent, et l’encre s’assèche,
Sous la main du pouvoir, la plume s’ébrèche.
Mais là, dans l’ombre, les mots s’enflamment,
Car la lumière renaît, même sur des cendres fraîches.

Ghazal

Maison des mots, ton feu vacille,
Mais jamais l’âme de l’écrit ne s’exile.

Ils veulent t’éteindre, ces marchands d’ennui,
Mais ton souffle brise leurs nuits.

Dans chaque livre, une vie se lève,
Chaque page tournée, un souffle qui crève.

Maison des écrivains, tu es notre cri,
Contre le silence et leurs esprits flétris.

4 réflexions sur “Sauver la MEL

  1. Je pense que la baisse des subventions n’est pas le seul problème à votre sujet. Moi-même, lecteur régulier, je n’avais jamais entendu parler de cette institution. Donc il est possible qu’on l’ai jugé inutile ou trop en dehors des enjeux de lecture et d’écriture, et il y avait peu de personnes pour la défendre, malheureusement…

    • Ma belle-sœur, quand elle était enfant avait eu l’occasion de rencontrer Jean-Bernard Pouy dans sa venue dans son école et cela a fait d’elle une lectrice. C’est aussi un point d’entrée.
      Mais vous avez raison, la MEL n’est pas pour se mettre en avant elle et on peut la juger inutile.

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