Ursula K. Le Guin est une immense autrice, je le sais, et je le reconnais. Mais tout géant a ses premiers pas hésitants. Le Monde de Rocannon, publié en 1966, fait partie de ces balbutiements littéraires. C’est un livre qui contient les germes de quelque chose de plus grand, mais qui, en l’état, ne m’a pas convaincu.
J’aime les littératures de l’imaginaire, pas pour le simple exotisme des planètes lointaines ou des sociétés fictives, mais pour la profondeur humaine qu’elles peuvent offrir. Ce que j’attends d’un roman de science-fiction ou de fantasy, c’est cette capacité à sonder l’âme humaine à travers l’étrangeté. Et c’est là que Le Monde de Rocannon m’a déçue. Les éléments sont en place : des planètes à explorer, des peuples à rencontrer, des conflits galactiques. Mais tout reste à la surface. L’univers est esquissé, jamais creusé. Les personnages, eux, sont des figures floues, à peine ébauchées. Je n’ai pas pu les approcher, les aimer ou les détester. Ils sont restés des ombres dans un monde qui aurait dû les animer.
Je dois reconnaître que c’est un premier roman. Peut-être faut-il lire ce texte comme une introduction, une mise en place. C’est vrai, on sent les prémices du talent immense de Le Guin : son attention aux cultures, son respect des diversités, son goût pour les récits enchâssés. Mais tout cela manque encore de souffle. On ne peut pas blâmer une autrice pour un premier jet, mais on ne peut pas non plus ignorer la frustration que cette lecture peut provoquer.
Je suis resté en dehors, à la porte de cet univers. Les descriptions, bien qu’agréables, manquent de corps. Les dialogues sonnent creux, artificiels, comme des échanges qui n’ont pas été vécus mais simplement pensés. Et c’est dommage, parce que je sais que Le Guin, dans ses œuvres ultérieures, a su créer des mondes et des personnages d’une complexité bouleversante.
Ce livre m’a laissé sur ma faim. Il m’a frustré, mais pas totalement déçu. Il m’a rappelé que le talent, aussi immense soit-il, ne s’épanouit pas toujours d’un seul coup. Il faut du temps, des essais, des échecs, pour que naissent des chefs-d’œuvre comme La Main gauche de la nuit ou Les Dépossédés.
Alors, si je n’ai pas aimé ce roman, je peux néanmoins le remercier. Parce qu’il m’a permis de mieux comprendre ce que j’attends de la science-fiction, et de Le Guin en particulier : des histoires qui me touchent au cœur, des personnages qui m’accompagnent, et des univers qui me questionnent sur le nôtre. Pour l’instant, je range Le Monde de Rocannon comme une curiosité, un brouillon prometteur. J’attends mieux, et je sais que Le Guin me l’offrira.
Rubaiyat
Sur Rocannon, le rêve reste imparfait,
Là où l’étoile tremble mais jamais ne naît.
Sous les mots, l’esquisse d’un monde immense,
Mais la magie s’égare et le souffle s’en va, discret.
Ghazal
Dans les mondes de Le Guin, je cherchais l’âme,
Mais Rocannon m’a laissé dans son calme.
Les mots flottent, les personnages s’éteignent,
Je guette le feu, mais tout se résigne.
Un premier pas dans l’espace des songes,
Sans écho profond, sans clarté qui prolonge.
Loin des étoiles, je reste à l’orée,
Attendant que la lumière vienne me cerner.