Deux nuits avec Lui par M-A Chabarni

Mon Croquis-Note du roman

Un roman sincère

M-A Chabarni nous offre un roman autobiographique d’une profonde sincérité.
C’est le 4ème roman de la collection .G des éditions La Musardine, et , si j’ose dire, il fait la paire avec le 1er roman de cette collection, Parties Communes d’Anne Vassivière.
En quoi ces romans sont-ils de la « littérature érotique féminine » ?
Il me semble que leur particularité réside dans le fait que ces autrices maintiennent pour le lecteur/ la lectrice, un équilibre entre l’excitation de la description et le désir de continuer la découverte de l’histoire. Généralement, une description érotique fait se suspendre le récit, nous nous y arrêtons, nous la relisons, nous la savourons. Elle excite nos sens parfois au détriment de l’histoire. Or, la particularité de ces autrices est de nourrir également notre désir fort d’avancer dans le récit. Elles ne se contentent pas de scènes excitantes, elles nous mettent dans une dynamique plus vaste dans laquelle s’épanouit notre curiosité quant au dénouement de l’histoire. La scène excitante ne sort pas de nulle part, elle a un passé et elle crée un futur. Elle nous pousse à comprendre l’instant présent et son dénouement.
C’est déjà ce que j’avais ressentis dans le roman Partie Communes, et que je ressens à nouveau ici. Dans beaucoup d’écrits érotiques ou pornographiques, on a tendance à rester figés sur une scène de sexe et à attendre la prochaine, voir à sauter des pages pour y accéder plus vite. Au final, l’histoire nous importe peu.
Dans ces deux romans, ce n’est absolument pas le cas. Ces deux romans sont fondamentalement sincères.
Les deux parlent du désir, de sa naissance, de son déploiement, de sa réalisation, qu’elle soit parfaite, frustrante, joyeuse ou décalée.
Dans Deux jours avec lui, la perception est clairement féminine car racontée du point de vue de la narratrice.
Dans Parties communes, Anne Vassivière nous offre les deux visions des partenaires d’un même ébat. Nous avons donc à la fois la version féminine et l’interprétation masculine.
Il est également remarquable que ces autrices ne jugent jamais leurs personnages, quoi qu’ils fassent. Ne portant aucun jugement sur leurs personnages, elles ne jugent pas leurs lecteurs/ lectrices non plus. C’est pourquoi notre plaisir à les lire n’est jamais entaché de honte ou de sentiment malsain.
Il me semble que cet aspect caractérise cette écriture érotique féminine.
Quant aux couvertures de ces ouvrages, elles sont esthétiquement très belles. Elles me font penser à du Milo Manara en moins idéaliste, en plus vrai, en moins fantasmé mais tout aussi efficace et plus désiré.
Ceci dit, et tout particulièrement pour Deux jours avec lui, il est délicat de le lire ouvertement dans les transports en communs ou dans une salle d’attente.
Autre point agréable et positif, ces romans nous transportent hors des stéréotypes excluant la plupart d’entre nous, voir tout le monde : aucune femme n’y est « la plus belle femme du monde », aucun homme n’y est un bel étalon riche. On est dans l’humain et ses complexités. C’est pourquoi Anne Vassivière malaxe la langue française : elle explore la diversité humaine et ses désirs en explorant la langue elle-même. Cela la conduit à inventer des mots d’une puissance évocatrice incroyable.
L’écriture de M.A. Chabarni est également de grande qualité car elle est très claire. Cependant, il y a de courts moments où l’on sent que les mots crus d’aujourd’hui ne sont pas forcément ceux qui servent au mieux l’histoire. Il me semble en effet que les mots « cul », « bite », « chatte » ou « fist » ne correspondent pas à ce qui est en train de se vivre. Ils sont trop réducteurs.
Le mot « cul » par exemple n’exprimait pas la même émotion au XIIIème siècle qu’ aujourd’hui. Peut-être aurait-il fallu que l’autrice retrouve la force que pouvait avoir ce mot chez François Villon ou Rutebeuf.
Ma seule restriction est donc lexicale et très localisée à certains passages, le style restant par ailleurs très clair.
En un mot, ces deux romans sont réellement des œuvres érotiques de qualité. C’est par le biais du désir et du sexe qu’ils nous parlent d’humanité : que signifie « être un humain, une personne humaine, une femme, un homme » ?
Je ne regarde plus les personnes rondes de la même façon. On ne connait pas le vie des personnes humaines que l’on croise dans la rue, toutes rayonnent de leur propre mystère.
Ces deux histoires ne sont pas écrites pour choquer le bourgeois ou exciter le chaland, mais pour nous transporter sur des sentiers inexplorés.

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