
Elle est là.
Émergée d’un granit que le deuil ronge, d’une glaise de ténèbres et de mousse.
Son visage effacé, comme celui d’un être qu’on n’ose plus nommer.
Elle penche sa tête sous le poids du monde — ou sous le poids d’un amour trop longuement attendu.
Elle n’est pas la Mort, non, la Mort ne prie pas.
Elle est ce qui veille. Elle est ce qui endure.
Elle est celle qui, silencieuse, dans un cimetière détrempé, ensevelit dans son manteau de mousse les cris que vous n’avez jamais osé pousser.
Je l’ai vue.
Et la nuit, elle m’a parlé.
Pas en mots, non, en fable.
Dans mon rêve, un gobelin difforme, grotesque au point d’en devenir émouvant, s’est approché.
Il avait les dents en épis, la peau suintante, la démarche d’un gnome sortant d’une crypte,
et pourtant il a dit : « Je suis venu vous aider. »
On l’a regardé comme on regarde un chien galeux qui veut lécher nos plaies.
Mais nous l’avons accepté.
Il nous a sauvé.
Alors nous lui avons demandé : « Pourquoi ? »
Et il nous a répondu d’une voix de feuille déchirée :
« Ma cheffe m’a envoyé. »
Et sa cheffe — une créature encore plus hideuse, mélange de sorcière et de vieille harpie mal fagotée — nous dit dans un murmure : « Je veux devenir chrétienne. »
Refusée par un prêtre.
Chassée par ceux qui prétendent représenter l’Agneau.
Et pourtant, elle avait vu.
Elle avait vu le Christ dans un rêve, et il ne l’avait pas jugée.
Elle s’appellerait désormais Marthe, comme celle qui s’affairait à servir pendant que d’autres priaient.
Et lui, le gobelin, est resté Vogugg.
Mais les nouvelles générations l’ont canonisé.
Saint Vogugg, le premier saint gobelin.
Et Marthe, son étoile rude et tendre, portait dans ses mains calleuses le poids du vrai sacerdoce.
Ce rêve est né après avoir priés et murmurés dans mon église autour de 3h du matin.
Il y avait vingt âmes en silence.
Des jeunes.
Des êtres perdus d’angoisse qui cherchent, non pas un dogme, mais une vérité qu’on n’oserait plus nommer, et que les générations précédentes ne leurs avaient pas transmise, prises dans la folie consommatrice.
Haïku
Sous le voile vert,
la mousse cache une prière —
Saint Vogugg veille.
Tanka
Nuit sur la statue,
des larmes sans paupières pleurent
les noms oubliés.
Même le monstre veut Dieu —
et l’église le rejette.
Sonnet bancale non bankable
Je l’ai vue penchée comme une ombre en prière,
Sa face dissolue sous les plis du linceul,
Et la mousse en filins rampait sur sa lumière
Comme une bure obscure, un sacerdoce seul.
Le rêve m’a offert des figures grotesques,
Un gobelin grimaçant mais d’une main si pure
Qu’il a su réparer les humains les plus pestes,
Et rallumer le feu dans leur foi trop obscure.
Elle, la cheffe infâme au rire de corbeau,
Voulait prier, pourtant. Elle voulait le beau.
Mais le prêtre, ce juge aux ongles bien taillés,
L’a traitée de démon.
Alors qu’elle portait
En elle plus d’amour que l’autel décoré
Et toi, qui as lu jusqu’ici, que ta foi t’habite ou non, souviens-toi :
Même « Vogugg » a été appelé par son nom.
J ai fait le chemin de croix ce tantôt et oui notre société souffre d une nouvelle forme de paganisme qui nous a peu à peu asphyxié et nous tue d un mauvais feu. Cette jeunesse nous aidera à sortir de ce paganisme. J ai foi et la foi.