Toute lecture (ou contemplation d’une œuvre) est subjective. Elle l’est parce qu’elle met en relation deux sujets ; aucun objet n’intervient, si ce n’est le support. Il y a l’auteurice, qui a consacré des jours, parfois des années, à créer ; et il y a lae lecteurice, qui passe quelques heures avec l’auteurice à travers l’œuvre. Puis c’est lae lecteurice qui garde et fait grandir le fruit de cette lecture avec le terreau qu’iel est.
Le terreau que je suis aujourd’hui est celui d’un catholique blanc, redevenu pratiquant depuis huit ans, âgé de 63 ans, qui écoute attentivement et vote LFI ou, NFP s’iels y parviennent à se rassembler.
Quelqu’un qui, le matin où il termine la lecture de « Même le vent tremble » de Nicole M. Ortega, assiste le soir même à la première séance de l’école de vie dans l’esprit. Et qui comprend alors que toute création est une cocréation à laquelle nous sommes appelé·es.
Et c’est ce que je ressens. Quelques heures de lecture pour plus d’un an de travail de l’autrice et de son éditeur. Quelques heures à plonger dans un road movie haletant, accompagnant trois jeunes femmes du sud au nord du Chili, à sourire parfois, à trembler souvent.
Cette écriture, selon mon expérience de lecteur, navigue entre la très punk Virginie Despentes, l’érotisme direct et doux d’Anne Vassivière, et la grandeur épique du désert chez Frank Herbert. Grand écart impossible, et pourtant, c’est ce que j’ai ressenti tout au long de la lecture, avec en plus ce don que nous fait l’autrice : nous faire deviner ce qu’elle a vécu et vit dans son pays, le Chili. Elle a écrit ce roman dans notre langue, avec quelques éclats en espagnol.
Roman court, intense, qui me conduit aussi à comprendre ce qu’est écrire, créer, et inviter lae lecteurice à cocréer, à apporter son sens ; peut-être un contresens (clin d’œil à Clément) ; mais je crois qu’un surplus d’amour est la seule chose que je puisse offrir en tant que lecteur.
Merci à Nicole M. Ortega pour son apport à la cocréation de l’univers, notre univers.
Ls scène du Carnaval autour de la vierge m’a évoqué le mystère de la marche du sable et de son pendant la danse des truitesses dans le cycle de Dune. Danse, combat et amour pour la suivit dans un monde dure.
Haïku
Des mots en voyage,
Mon âme devient terreau
du souffle d’autrui.
Tanka
Livre refermé,
le vent tremble dans mes mains ;
Chili dans mes yeux,
le désert grandit en moi,
cocréation d’un instant.
Lire, c’est être vu autant que voir
Quand l’encre touche l’âme, un pont se forme,
Deux êtres s’unissent au fil des pensées.
Aucun objet, mais une danse énorme,
Où l’un sème, et l’autre vient récolter.
Du sud profond aux vents de poésie,
Je marche au cœur d’un souffle traversé,
Où trois éclats ravivent l’énergie
Des terres que le verbe a traversées.
Écrire, c’est brûler dans le silence,
Créer, c’est tendre une main vers l’ailleurs,
Et lire, c’est offrir cette présence
Qui fait fleurir le monde dans nos cœurs.
L’autrice et moi ; deux flammes en résonance,
Ce livre est notre acte de naissance.
