La Terre de et par Zola

Photo de Christina & Peter

La Terre m’a parlé
Retour viscéral à mes racines

Ce livre, je ne l’ai pas acheté, je ne l’ai pas cherché, il est venu à moi, comme un écho inattendu. Ces derniers temps, j’avais lu la BD Champs de bataille et le livre Le temps des paysans, qui m’avaient rééclairé sur la vie paysanne de mon enfance. Je suis le fils d’un paysan et d’une paysanne, eux-mêmes enfants de paysans d’Auvergne. Ces lectures m’avaient profondément bousculé, en me faisant réfléchir à ce qu’est devenue la Terre, et comment cela s’est produit. Puis j’ai laissé mûrir ces pensées en moi, comme on laisse, pardonnez moi l’image, reposer une terre après la moisson.

Pour changer d’air, je suis parti sur d’autres lectures, comme Dune – Les Origines, dont j’ai parlé ici même. Dans le lycée où travaille mon épouse, le CDI était en cours de nettoyage, et plusieurs livres étaient envoyés au pilon. Cela lui fait toujours mal au cœur de voir des livres ainsi abandonnés. Elle en a sauvé quelques-uns, pour les mettre dans des boîtes à livres ou les garder elle-même. Certains ont voyagé avec nous, de Paris jusqu’en Auvergne, où se trouve une maison familiale dans la montagne.

Pendant les vacances, j’avais emmené Dune – Les Origines uniquement, mais cela n’a pas suffi. En fouillant dans les étagères, c’est ce vieux poche qui m’est tombé entre les mains : La Terre de Zola.

J’ai commencé la lecture.

Dès les premières pages, une angoisse indescriptible s’est emparée de moi. Je revoyais le village de mon enfance, ses champs, ses visages, ses silences. Ce roman, construit sur plusieurs années, suit les temps forts de la terre et du travail paysan, mêlés à la mentalité du propriétaire, avec tout ce que cela comporte de tragédies potentielles. À travers les mots, je revivais des événements de mon enfance.

L’écriture de Zola, évidemment, est incroyable : une plongée au cœur des âmes, des désirs, parfois malsains, de ce monde rural. Ici, la Beauce ; en moi, la petite Limagne. Toute la lecture a été une épreuve, entre les joies des moissons, des vendanges, des foins, les trajets pour amener la vache au taureau, les relations avec le notaire, le curé — ah oui, le curé — et toute l’histoire de la propriété privée. Tout y est.

Mais le plus dur, c’est que cela se passe entre 1860 et 1869. Et moi, j’ai vécu cela dans les années 1970, en France. Alors oui, Zola est un incontournable, inévitable. Et parmi les Rougon-Macquart, La Terre est celui que je n’avais jamais lu.

Vous voulez comprendre ce qui se trame dans la mentalité rurale ? Les enjeux, les poids, les peurs, les angoisses, et même les meurtres tragiques ? Lisez La Terre de Zola.

Haïku

Terre silencieuse
sous les pas de mes ancêtres
le cri des saisons

Tanka

Moisson oubliée
dans l’ombre des souvenirs
le vent me rappelle
les gestes de mon père
et le chant des outils rouillés

Sonnet d’un autre temps

La Terre m’a parlé dans un vieux roman,
Ses mots labouraient mes propres souvenirs,
Zola, prophète d’un monde paysan,
Réveille en moi les douleurs et les rires.

Les champs, les bêtes, les hommes et le grain,
Le curé, le notaire, les saisons,
Tout résonne encore dans mon cœur lointain,
Comme un écho de mes jeunes moissons.

La Beauce écrite, la Limagne vécue,
Deux terres, deux vies, un même cri profond,
L’angoisse m’a pris, la mémoire s’est tue,
Mais l’âme du sol chante dans mon plafond.

Si vous voulez comprendre ce passé,
Lisez Zola, vous serez traversé.

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