Vacances, Réindustrialisation, capitalisme

Les vacances, qu’ont-elles donc fait de nous ? Nous pensions trouver le repos, et voilà que le capitalisme, encore et toujours, s’est infiltré jusque dans nos haltes estivales. Nous pensions respirer, et déjà la machine nous tenait par le cou. Nous avons cru partir, mais nous n’avons jamais quitté son emprise. Il fallait optimiser, il fallait rentabiliser, il fallait consommer des paysages comme l’on consomme des biens. Et ce mot terrible : rentabilité. Ce mot insidieux qui rôde jusque dans nos désirs d’air libre, jusque dans nos plages, jusque dans nos montagnes. Nous nous levons fatigué·e·s, nous rentrons épuisé·e·s. Le repos devient production, le loisir devient rendement, la liberté devient marchandise.

Et dans le même souffle, dans la même langue, nous entendons cette injonction politique : réindustrialiser. Comme si l’avenir ne pouvait s’écrire qu’en répétant l’ancien. Comme si la seule réponse aux dérives d’un capitalisme usé était d’en relancer les machines. Réindustrialiser ? Mais de quoi, sinon d’objets, de profits, d’aliénations ? Non. Il nous faut un autre mot. Il nous faut un mot de vie et non de mort. Réartisanaliser. Redonner au métier sa dignité. Redonner aux gestes leur chair, à la main son intelligence, à l’esprit sa liberté. Là où l’industrie uniformise, l’artisanat différencie. Là où l’industrie écrase, l’artisanat élève. Là où l’industrie dévore, l’artisanat transmet.

Réartisanaliser, ce n’est pas un retour nostalgique. C’est un pas en avant. C’est un chemin vers une économie incarnée, humaine, locale. C’est apprendre à refaire du travail un lieu de rencontre, une histoire de visage, une histoire de transmission. C’est sortir du schéma pyramidal pour retrouver l’horizontalité des coopératives, des ateliers, des communautés. C’est retrouver la joie de faire et de comprendre ce que l’on fait, et pour qui l’on le fait.

Les vacances, au fond, devraient être cela : non pas l’illusion d’une pause sous contrôle marchand, mais l’apprentissage du temps vrai. Le temps gratuit. Le temps offert. Le temps qui nous dit que l’éternité n’est pas au bout de la course mais dans la densité de l’instant. Et si nous osions l’oisiveté heureuse, si nous osions la lenteur féconde, si nous osions le partage des gestes simples ? Alors oui, nous retrouverions non seulement le repos, mais le sens. Alors oui, nous pourrions commencer, pas à pas, cette réartisalisation de nos vies.

Haïku

Sous le parasol lourd,
la mer vendue en forfaits —
l’oiseau reste libre.

Tanka

Machines en sommeil,
le sable couvre la ville,
un enfant dessine,
ses mains ignorent le mot
« rentabilité ».

Sonnet refroidi

Dans l’été consumé par les fièvres du monde,
Nous cherchons un instant pour reprendre haleine.
Mais déjà la logique implacable nous gronde,
Et l’on vend le repos comme on vend la peine.

Sous l’ombre des avions, nos plages sont marchées,
Les heures chronométrent l’illusion du temps,
Et nos rires captifs, en clichés arrachés,
Ne sont plus qu’un produit dans un flot incessant.

Pourtant l’amour demeure au détour des visages,
Dans la main qui façonne un outil, un fromage,
Dans l’artisan penché sur l’œuvre qu’il éclaire.

Réartisanaliser, c’est rendre à nos destins
Un avenir de chair, d’échange et de lumière,
C’est redonner du sens au pain de nos matins.

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