
Il y a cette statue, là, dans la pierre grise, usée par les pluies et les siècles. Elle ne dit rien. Elle ne crie pas. Elle ne lève pas le poing. Elle s’assied, comme on s’assied quand on n’a plus rien à dire, quand les mots deviennent trop lourds pour la bouche.
Le ciel au-dessus d’elle s’étale, vaste, lavé de bleu, mais sans joie. Un ciel de juillet, peut-être, mais sans cigales. Le vent passe, soulève un peu de poussière, caresse la pierre comme on caresse un front fiévreux. Et elle, elle reste là, les bras repliés, la tête enfouie, comme si elle voulait rentrer en elle-même, fuir le monde, ou peut-être le pleurer.
Je me demande ce qu’elle voit, cette statue. Ce qu’elle porte dans ses reins de granit. Est-ce qu’elle pleure sur les hommes ? Sur les enfants qu’on arrache aux bras de leurs mères ? Sur les maisons qu’on écrase comme des fourmilières ? Sur les cris qu’on étouffe sous les gravats ? Est-ce qu’elle pleure sur Gaza, sur la Palestine, sur cette terre qui saigne depuis trop longtemps, et que personne ne panse ?
Ou bien pleure-t-elle sur nous tous ? Sur notre silence ? Sur notre fatigue d’indignation ? Sur cette humanité qui regarde, qui sait, et qui détourne les yeux ?
Elle ne dit rien. Mais dans son silence, il y a plus de vérité que dans mille discours. Elle est là, comme un arbre mort qui refuse de tomber. Comme une mémoire qu’on ne peut pas effacer.
Et moi, devant elle, je ne sais pas quoi faire. Sinon me taire aussi. Et écouter ce que la pierre, parfois, sait mieux dire que les hommes.
Elle pleure, la pierre.
Elle pleure, la statue.
Elle pleure, comme pleure l’innocence bafouée.
Elle pleure, comme pleure la mère sans enfant, l’enfant sans terre, le peuple sans paix.
Elle ne regarde pas.
Elle ne voit plus.
Elle baisse la tête, non par honte, mais par trop de douleur.
Elle baisse la tête, comme on baisse les armes devant l’innommable.
Et pourtant elle est là.
Elle est là, dressée dans le silence.
Elle est là, témoin muet des crimes que l’on commet.
Elle est là, comme une prière figée, comme une plainte éternelle.
Elle pleure sur Gaza.
Elle pleure sur les enfants qui ne jouent plus.
Elle pleure sur les maisons qui ne tiennent plus.
Elle pleure sur les cris que le ciel n’a pas su entendre.
Elle pleure sur l’humanité qui se défait.
Elle pleure sur la fraternité qui s’efface.
Elle pleure sur la justice qui se tait.
Elle pleure sur la paix qui ne vient pas.
Et dans cette pierre, il y a l’âme.
Et dans cette pierre, il y a la foi.
Et dans cette pierre, il y a l’espérance, malgré tout.
Car même la pierre pleure, mais elle ne se brise pas.
Haïku
Statue silencieuse —
le cri d’un enfant s’éteint
dans le vent du soir.
Tanka
Sous ciel immobile,
la statue pleure sans voix —
poussière et sang froid.
Le monde tourne sans honte,
et Gaza brûle encore.
Sonnet a peu près
Elle est de pierre, et pourtant elle pleure en silence,
Assise dans le vent, les bras contre son cœur.
Le ciel au-dessus d’elle est vaste, sans couleur,
Et le monde s’efface dans sa morne présence.
Elle ne voit plus rien, mais elle sait l’absence,
Les enfants sans abri, les mères sans douceur,
Les bombes qui déchirent la nuit sans pudeur,
Et l’homme qui détruit sans honte ni décence.
Est-ce Gaza qu’elle pleure, ou l’humanité ?
Est-ce l’oubli des justes, ou la fraternité
Qu’on piétine au matin comme un rêve trop vieux ?
Elle reste là, figée, témoin du désastre,
Et dans ses yeux de pierre, un reflet de nos cœurs
Que la douleur traverse, sans jamais faire renaître.