Cette nuit, je me suis réveillé plusieurs fois, le souffle court, le cœur égratigné. Non pas par un cauchemar, mais par cette persistance douloureuse du réel — ce monde accablé de haines vulgaires, de slogans vidés de leur moelle, où les croix sont des bâtons pour frapper, et non des silences pour pleurer. J’ai pensé à toi, Rebelle au regard de feu, à toi qui marches pieds nus sur les charbons des dogmes pour aimer ceux que l’on rejette.
Le tirage m’a donné l’Arcane IV, Le Rebelle, et cette carte, ce matin, m’a brûlé les doigts. Ce n’est pas un insurgé de pacotille, pas un adolescent en mal d’émeute. C’est un roi qui refuse le trône, un poète qui crache la lumière. Il n’obéit à rien, sauf à cette voix nue, douce et terrible, qui murmure au fond du ventre des damnés.
Jésus. Tu sais, ce nom me fait encore mal aux gencives et aucun dentiste n’y pourra quelque chose. J’ai vu son visage dans le silence des cinq femmes — Marie la mère, Marie la Magdaléenne, Marie de Bethany, Marthe et Véronique. Elles n’avaient pas de trône, elles non plus. Juste des larmes, des linges, et ce courage animal d’aimer un homme nu, sanglant et défiguré, sans gloire, sans dogme. Elles, elles ont vu le vrai visage : pas un dieu, mais un frère. Pas un mâle dominant, mais une personne humaine debout au bord du gouffre, tendu vers l’amour.
Et moi, pauvre de moi, à quinze ans j’ai eu peur. J’ai chassé une fille, Christine, qui m’aimait, je me suis cru libre en la blessant, rebelle en la fuyant. J’étais juste un petit con, rempli de honte et d’orgueil mal lavé. Je confondais feu et colère, vérité et revanche.
Mais Le Rebelle… lui… il sait que la vraie liberté, c’est aimer. Contre tout. Malgré tout.
Rubaiyat
Je suis le feu né du refus d’obéir,
L’éclair dans l’œil de celui qui veut dire :
« Je ne suivrai plus vos lois mortes et fières,
Car mon Dieu saigne, nu, sans empire. »
Ghazal
Sur l’épaule du feu, l’aigle veille.
Sous les chaînes rompues, l’âme veille.
Il avance nu, portant l’amour.
Contre les sabbats figés, il veille.
Cinq femmes l’ont suivi dans la nuit.
Sous leur linceul de sel, l’espoir veille.
Moi, j’ai fui l’amour à quinze ans.
Mais même dans l’exil, ton feu veille.
Je suis, le damné, l’inverti,
Sur les ruines du temple, il veille.
Haïku
Sous les cendres froides
Le feu d’un regard debout
Crie : Aime. Et brûle.