5 d’Arc-en-Ciel – L’Exclu

L’exclusion. Voilà le mot. Il claque comme une porte close. Il frappe comme un corps rejeté dans la fange. Il pèse comme la solitude d’un saint traqué dans son désert. Et pourtant, est-ce une exclusion réelle, ou seulement un mirage dressé par la peur, par l’illusion d’un monde qui nous a convaincus que nous étions trop souillés pour entrer ?

Jésus, lui, a connu l’exclusion. Jeté hors du monde avant même de le sauver. On l’a chassé, insulté, frappé, cloué. Mais qui a vraiment été exclu ? Celui qui marche seul dans le désert, ou ceux qui, dans le tumulte, croient encore être du bon côté de la grille ?

Le 5 d’Arc-en-Ciel est un enfant au front collé contre le fer rouillé d’une porte qu’il pense fermée. Il ne sait pas que le verrou est dans sa propre tête. Les saints aussi ont connu cette tentation : Augustin se croyait trop perdu, François d’Assise trop fou, Thérèse trop faible, et pourtant ils ont compris : la seule cage, c’était la peur de l’amour.

Alors, ce matin, en traversant la ville silencieuse, en croisant cet homme qui balayait la nuit avant que la lumière ne prenne sa place, j’ai compris. J’ai compris que nous sommes tous des exilés, non pas d’un royaume qui nous rejette, mais d’un amour que nous n’osons pas saisir.

La vraie question n’a jamais été : « Suis-je exclu ? » Mais bien : « Pourquoi me crois-je exclu alors que la porte n’a jamais été fermée ? »

Rubaiyat

J’ai cru que le ciel me jetait à la mer,
Que nul n’ouvrirait cette porte de fer.
Mais c’est ma main qui tremble, ma main qui s’égare,
Car l’amour attend, patient, derrière l’éclair.

Ghazal

L’exilé pleure devant la grille, mais c’est lui qui l’a forgée,
Il porte aux poignets des chaînes qu’il refuse de briser.

Le désert est vaste et le diable murmure à son oreille,
Mais dans le vent, la voix du Christ l’appelle et le veille.

J’ai marché sous la cendre, j’ai dormi sous la peur,
Mais chaque nuit de l’âme promet un jour en lueur.

Les saints ont compris : l’exil n’est qu’un rêve tissé d’ombres,
Et l’amour, immense océan, attend que le pas sombre.

Ne sois plus l’exclu, deviens l’enfant qui passe la porte,
Le royaume n’est pas fermé, c’est ta peur qui l’emporte.

Haïku

Grille imaginaire—
l’exclu pose sa main
et la porte cède.

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