Chaque arbre se reconnaît à son fruit

Silence. La montagne devant moi. Plus de vent. Plus de bruit. Le matin, le froid serre les pierres. La nuit tombe vite. Je suis là. Assis. Une chaise en bois. Dans cette retraite où les mots disparaissent.

Le berger druide a dit : « Écoute ». Il a dit : « Regarde ». Alors, j’ai vu. L’érable, là, sur la route. Son ombre fine sur la terre, comme une main posée.

Puis le hêtre. Plus loin. Un tronc droit, sans nœuds, sans blessures visibles. Dans ce désert vert, seul, il pousse. Vers le haut. Et le chêne, immobile, mille ans peut-être. La patience du bois qui attend, qui s’étale quand le temps est venu.

Dieu, dans l’arbre. Dans la chair du monde.

J’ai pensé : la croissance est lente. La patience, un silence. Un arbre ne court pas, il ne crie pas. Il tient. Il donne. La sève remonte, la vie sort.

J’ai pensé : et moi, qu’est-ce que je donne ?

Alors, j’ai marché. J’ai vu l’ombre sur la pierre. J’ai vu la lumière. J’ai vu que tout était déjà là.

Haïku

Le vent dans l’arbre
brise le silence du monde.
Un fruit tombe, seul.

Tanka

Matin d’hiver blanc.
Sous le poids des branches nues,
l’ombre du chêne.
Le vent glisse, se freine.
La montagne est un silence.

Sonnet

Il pleut. La terre boit le ciel, lentement.
L’eau creuse sous l’écorce, appelle la racine.
Le tronc retient l’orage et la nuit assassine,
L’arbre attend. Il se tait. Il grandit doucement.

La patience est un cri que personne n’entend,
Un murmure au matin, une branche qui penche.
Chaque nœud, chaque veine est une vie qui flanche,
Un fruit qui tombe seul, un été s’achevant.

Dans la montagne haute, un hêtre, un pommier.
L’un s’élève sans bruit, l’autre ploie sans plier.
Le vent les traverse et le temps les oublie.

Mais sous l’écorce brune, dans le nœud du bois,
la sève, infinie, trace une lente voie
vers ce qui est Dieu, vers ce qui est vie.