Les vies antérieures : un murmure de l’éternité
La carte des Vies Antérieures me parle d’un temps plus large, d’un espace plus vaste. Elle ne dit pas « tu as échoué » ou « tu as réussis ». Elle dit : « Tu continues. »
La chute ou le succès n’est qu’un pas dans la danse. Chaque pas est un écho des pas d’avant. Chaque coup de sabre contient en lui tous les coups de sabre portés avant lui, par moi, par d’autres, dans d’autres vies, dans d’autres temps. Il n’y a pas d’échec. Il y a un cercle qui se referme sur lui-même avant de recommencer ailleurs.
Et c’est bien là l’enseignement de la carte : voir plus loin que l’instant, plonger sous la surface et comprendre que tout cela est un cycle. Que ce que je cherche ne m’attend pas au bout d’un diplôme, d’un grade ou d’un titre, mais dans la continuité d’une quête que je porte depuis des vies.
Le karma, cette sève ancienne qui coule entre mes veines, me dit simplement : « Continue. »
L’éternelle traversée
On parle toujours de victoire, de succès, de triomphe. Comme si la vie était une putain de foire aux médailles, un marché aux vanités, un tournoi de parvenus où chacun voudrait prouver qu’il est au-dessus de l’autre, qu’il a conquis une marche de plus dans cette absurde hiérarchie du mérite. Mais moi, je ne crois pas en la victoire. Je crois en la justesse du moment, en cette vibration fugace qui dit : « C’était là que je devais être. »
J’ai présenté mon 6ème Dan de Kendo. Je ne l’ai pas eu. Et c’était bien ainsi.
Les coups résonnaient, les kiai fendaient l’air comme des cicatrices ouvertes sur le présent. Mais j’étais à contretemps. Pas avec l’autre. Ce n’était pas un échec, ce n’était pas une chute. C’était une leçon. Une leçon gravée dans le bois de mon shinai, dans les ombres portées des combattants, dans la sueur imprégnée du sol. J’étais venu, j’avais vu, je reviendrai.
Un bourgeois aurait pleuré sur son ego blessé. Il aurait baissé la tête, humilié. Parce que dans son monde, il n’existe que la réussite ou l’oubli, que la domination ou l’effacement. Mais moi, je n’ai jamais appartenu à leur monde. Je suis du côté de ceux qui traversent.
Je n’ai pas eu le 6ème Dan. Mais j’ai eu autre chose. Une certitude. Une acceptation. Un regard posé, clair. Ce qui était juste, c’était d’être là, d’être témoin, de sentir l’énergie du passage, de voir d’autres franchir la porte. Moi, je la traverserai une autre fois.
Rubaiyat
L’épée danse et tranche le vent sans fin,
Mais l’ombre du sabre ne meurt jamais en vain.
Je tombe, je me lève, et déjà je sais :
L’échec n’est qu’un nom qu’inventent les crétins.
Ghazal
La lame fend la nuit sans heurt, sans bruit,
Un pas en arrière, un pas vers l’infini.
Dans l’œil du temps, tout s’efface et renaît,
Je suis un corps d’hier, un souffle aujourd’hui.
Qui compte les victoires, qui compte les morts ?
L’océan ne pèse pas les vagues qu’il engloutit.
J’ai vu les grades, les honneurs, les trophées,
Mais c’est dans l’instant nu que je me suis compris.
Je traverserai la porte quand viendra l’heure,
Sans hâte, sans poids, avec l’autre, enfin uni.
Ton poème est une leçon pour nous tous face aux nombreuses portes infranchies. 🕊️🕊️🕊️💥💫🔥😘