Dans le silence immaculé d’un paysage enneigé, un lion figé, sculpté, garde une plaine d’hiver où la vie s’échappe en nuances discrètes. Le lion, impassible, semble veiller sur un royaume sans rugir, monarque figé de pierre et de givre. Et pourtant, derrière lui, un renard traverse la scène, silhouette vivante et libre dans un univers pétrifié. Ce renard, ombre rousse sur le blanc glacé, est l’écho fragile de la vie face à la mort, face à cette humanité qui traque, tue, chasse pour satisfaire sa peur de l’indompté.
Le lion, lui, ne bouge pas. Il observe, témoin éternel d’un combat entre l’instinct et la destruction, entre l’élan vital et la main froide du chasseur. Mais le renard avance, porteur d’un feu subtil, d’une voix intérieure qu’il cherche dans la poudreuse. Chaque pas sur la neige est un cri muet, une affirmation douce de l’existence malgré la menace invisible des fusils, des chiens, des pièges. La vie circule en lui comme un chant ancien, un chant qu’aucune chasse, aucune violence, ne saurait réduire au silence.
Et sous ce ciel d’hiver, il y a ce dialogue étrange entre le figé et le mouvant, entre le lion immobile et le renard errant. L’un symbolise la majesté de la force contenue, l’autre l’audace fragile du vivant qui persiste malgré tout. Le renard est cette petite voix que nous cherchons en nous-mêmes, celle qui, dans un monde gelé, chuchote encore : « Cours, avance, rêve, vis. »
Rubaiyat
Sous la neige, un lion de pierre veille,
Un renard passe, furtif, en merveille.
Le chasseur peut viser, mais la vie danse,
Même dans l’ombre, l’élan brise la treille.
Ghazal
Dans la blancheur d’hiver, un cri retient la vie,
Un lion garde le monde, un renard s’y enfuit.
Figé dans sa puissance, le lion ne dit rien,
Mais le renard murmure, et tout l’écho s’unit.
Que vaut l’éclat du marbre face à ce pas léger,
Qui défie les fusils, les traques, l’infini ?
Sous le ciel immobile, le rouge fend le froid,
Et la neige soupire : « Le vivant me bénit. »
