Je l’ai lu, ce Psaume pour les recyclés sauvages, et je suis resté là, ébloui, comme après une aube, un lever de lumière nouvelle, que je n’avais jamais soupçonnée. Becky Chambers a fait plus que tisser des mots. Elle a donné naissance à une réalité entière, où la personne non-genrée devient un être pleinement réel, tangible. Et ce n’est pas une question de terminologie ou d’idéologie, non. Ce n’est pas une démonstration forcée de ce qu’on devrait penser ou ressentir, mais une incarnation naturelle de ce qu’est le monde d’aujourd’hui, et de ce qu’il pourrait devenir.
C’est là que j’ai vu quelque chose de plus grand encore que le simple roman de science-fiction. J’y ai perçu l’écho d’une humanité qui, enfin, comprend qu’elle peut s’affranchir de ses vieilles chaînes. Que l’être humain, dans toutes ses nuances, n’est pas défini par ce que l’on a toujours voulu lui imposer. Que l’identité, fluide, se découvre dans la relation avec l’autre, dans ce lien indéfinissable mais tellement puissant.
Et ces nouvelles générations, que je voyais parfois avec une certaine distance, presque avec incompréhension, ces jeunes qui bousculent tout, qui ébranlent des piliers vieux de siècles… Grâce à ce livre, je les comprends mieux. Je vois, dans cette écriture inclusive qui s’écoule naturellement comme une rivière, une invitation à réécrire le monde, à effacer les frontières trop strictes du patriarcat. Ce n’est plus un combat entre des forces opposées. Ce n’est plus un débat stérile. C’est la vie, tout simplement, qui se cherche, qui s’explore, qui s’affirme.
Mais ce qui m’a touché, ce qui m’a vraiment bouleversé, c’est la vision du monde que Chambers propose. Un monde où la technologie, les objets, tout ce que l’on a amassé comme des trésors inutiles, se trouve relégué au second plan. Parce que ce qui prime dans ce futur, ce n’est pas l’accumulation. Ce n’est pas la soif de pouvoir ou de possession. C’est la relation. C’est la conscience de l’autre. C’est cet échange délicat, fragile et pourtant essentiel entre deux êtres vivants, qu’ils soient humains ou non, qu’ils soient robots ou recyclés. L’essence même du vivant, c’est cette capacité à tisser des liens.
Becky Chambers nous rappelle, avec une douceur infinie, que ce qui compte, ce qui a toujours compté, c’est cette prise de conscience, ce moment où l’on comprend que l’autre, en face de nous, est aussi précieux que nous. Que le véritable conflit de notre existence, ce n’est pas celui des guerres extérieures, mais celui qui se déroule dans nos cœurs. C’est cette bataille intérieure, cette quête d’équilibre entre soi et le monde, entre ce que l’on désire et ce que l’on doit offrir.
Je ne suis pas prêt d’oublier ce roman. Il m’a éclairé sur ce que pourrait être un avenir, non pas dominé par des machines ou des empires de fer, mais un avenir où la relation humaine, la tendresse, l’écoute, la compréhension deviennent les pierres angulaires d’un monde véritablement habitable. Ce monde que je rêvais, ce monde que j’espérais, il est là, dans les pages de Chambers. Un monde où, enfin, nous serions en paix avec nous-mêmes et avec les autres. Un monde où la relation est reine, et où la conscience de cette relation nous élève au-delà de tout ce que nous avons connu jusqu’à présent.
Oui, je suis ébloui. Et je suis reconnaissant, profondément, d’avoir croisé ce livre sur ma route. Parce qu’il ne nous propose pas simplement un autre futur. Il nous rappelle, avec tendresse, que l’avenir est déjà là, en nous. j’ai hâte de lire le deuxième volume.
Haïku
Dans l’autre, je vois
Le reflet de l’infini,
Mon cœur se réveille.
Tanka
Un monde nouveau,
Sans chaînes, ni vieilles lois,
Se bâtit en nous.
Les liens sont notre richesse,
L’amour, notre chemin sûr.
Kanshi
Au-delà des étoiles, le vent murmure,
Non plus des conquêtes, des empires de fer,
Mais de l’autre, en face, fragile, doux murmure,
Le lien sacré, l’âme qui s’éclaire.
Les objets s’effacent, le pouvoir recule,
Seul reste l’humain, dans sa quête d’éclat.
L’avenir est là, dans la main tendue, pure,
Un futur où l’amour dessine nos pas.
Presque Sonnet
Dans l’écho des machines et des cœurs éteints,
Une lueur s’élève, éclaire les ténèbres,
Non pas de ferraille, ni de cieux incertains,
Mais des regards sincères, tendres, doux, célèbres.
Les conflits sont en nous, nos cœurs les vérités,
La science, sans amour, n’est que froideur vaine,
Chambers nous rappelle, dans sa douce clarté,
Que la vie est un lien que nul objet n’entraîne.
Oublions les trésors amassés sans raison,
Car la richesse est là, dans les mains ouvertes,
Offrons à l’autre une lumière sans prison,
Et bâtissons ensemble des routes découvertes.
Le futur est relation, un monde à bâtir,
Où chaque être trouve en l’autre son devenir.
<3