Mon corps, mon ami

En hommage à mes ami·e·s mort·e·s ce qu’iels auraient pu dire à leur corps.

Mon corps, mon pauvre corps, voici venu le moment où je te quitte. Toi qui m’as porté si fidèlement durant toutes ces années, tu n’es plus qu’une enveloppe vide, un sac de chair et d’os que la terre va bientôt engloutir. Mais avant que tu ne disparaisses à jamais, je veux te dire merci.
Merci pour tout ce que tu as fait pour moi. Tu as été mon serviteur, mon esclave, mon ami. Tu as supporté la douleur et la souffrance, la faim et la soif, le froid et le chaud. Tu as travaillé sans relâche pour me permettre de vivre, de courir, de sauter, de danser, d’aimer.
Tu as été le temple de mon âme, le tabernacle de mon esprit. Tu as permis à Dieu de se manifester en moi, de me toucher, de me remplir de son amour. Grâce à toi, j’ai pu comprendre le mystère de la vie et de la mort.
Maintenant, mon corps, tu vas retourner à la poussière d’où tu es venu. Mais ton âme, elle, ne mourra jamais. Elle va s’envoler vers le ciel, vers la lumière éternelle. Et là, elle retrouvera l’amour de Dieu qui l’a créée.
Je te remercie, mon corps, pour tout ce que tu as fait pour moi. Tu as été un bon et fidèle serviteur. Je ne t’oublierai jamais.
Et toi, mon Dieu, je te remercie de m’avoir donné ce corps si précieux. Je te remercie de m’avoir permis de vivre sur cette terre et de découvrir la beauté de ta création. Je te remercie de m’avoir aimé et de m’avoir sauvé.
Maintenant, je suis prêt à mourir. Je suis prêt à te rejoindre dans ton royaume de lumière et d’amour.

Mon corps, mon larbin,

Te voilà enfin crevé, foutu, inutile. Plus qu’une loque, un sac à viande que les vers vont bientôt se taper. Mais avant que tu ne disparaisses pour de bon, j’ai deux mots à te dire.
D’abord, merci. Merci d’avoir été mon gagne-pain, mon outil, mon partenaire de crime. Tu as su te plier à mes exigences, même les plus folles. Tu as encaissé les coups, les blessures, les maladies sans broncher. Tu as su te faire beau, te faire désirer, te faire obéir.
Mais t’as pas toujours été facile, mon pote. T’as souvent été capricieux, faible, pleurnichard. T’as connu la faim, la soif, la fatigue. T’as eu peur, t’as souffert, t’as chialé. Et moi, j’ai rien pu faire pour te soulager.
C’est vrai, j’ai pas toujours été tendre avec toi. Je t’ai humilié, je t’ai sali, je t’ai trahi. Je t’ai fait faire des choses dont tu n’étais pas fier. Mais tu as toujours été là, à me soutenir, à me pardonner.
Alors, merci encore, mon corps. Tu as été un bon serviteur. Un esclave docile et soumis. Un ami fidèle et discret.
Maintenant, c’est la fin. Tu vas retourner à la poussière d’où tu es venu. Et moi, je vais continuer ma route, sans toi.
Je vais vers l’inconnu, vers le néant, vers l’infini. Je vais vers Dieu, peut-être. Ou vers le diable. Ou vers rien du tout.
Je ne sais pas ce qui m’attend. Mais j’ai une certitude : je ne t’oublierai jamais, mon corps.
Et toi, mon Dieu,
Si tu existes vraiment, je te remercie de m’avoir donné ce corps. Ce corps imparfait, mais tellement précieux. Ce corps qui m’a permis de vivre, de jouir, de souffrir, d’aimer.
Je te remercie de m’avoir permis de découvrir la beauté du monde, la puissance de l’amour, le mystère de la vie.
Je te remercie de m’avoir pardonné mes péchés, mes erreurs, mes crimes.
Maintenant, je suis prêt à mourir. Je suis prêt à te rejoindre dans ton royaume, quel qu’il soit.

Mon corps, mon frère

Dans l’écrin silencieux du crépuscule, voilà que s’apaise le tumulte de ton existence, ô toi, mon frère de chair. Comme un fidèle serviteur, tu as tracé la voie de mes jours, supportant sans faillir l’onde des épreuves et des allégresses. Tu as connu la faim et l’abondance, le gel et l’ardeur, labourant sans cesse le sillon de ma vie, me portant à danser, à bondir, à aimer.
Sanctuaire de mon âme, réceptacle de mon esprit, tu as ouvert les portes à la divine présence, me laissant toucher par la grâce, baigné dans son incommensurable amour. Par toi, les voiles du mystère de l’existence et de son ultime passage se sont entrouverts.
Voici venu le temps, mon corps, où tu te fondras dans l’humus originel. Mais ton essence, elle, transcendera la mort, s’élançant vers les cieux, vers l’infinie clarté. Là, dans l’embrassement de l’amour divin, elle se découvrira éternelle.
Gratitude infinie, ô mon frère, pour ta loyale vaillance. Ta mémoire vivra, indélébile, dans le sanctuaire de mon cœur.
Et à toi, Seigneur de mon âme, louange pour le don ineffable de ce corps, pour la grâce de fouler cette terre, d’en embrasser l’éblouissante création. Louange pour ton amour, ton salut.
Prêt je suis désormais, à franchir le seuil, à me fondre dans ton éternel royaume de lumière et d’amour.

Haïku

Silence du corps,
L’âme s’élève, lumière,
Adieu, terre aimée.

Tanka

Corps, frère silencieux,
Dans l’ombre, tu t’en vas doux.
Mon âme s’envole,
Vers l’amour éternel, clair,
Dans le ciel, je te retrouve.

Sonnet ou presque

Dans l’ombre qui s’étend, mon corps tu te reposes,
Compagnon de mes jours, fidèle dans l’effort,
À l’heure où se dissout notre dernier accord,
Je te rends grâce, frère, avant l’ultime osmose.

Ton souffle m’a porté, dans la joie, dans l’épreuve,
Temple où mon âme a pu son mystère explorer,
Vers Dieu tu m’as conduit, dans son amour baigner,
À sa lumière enfin, mon être s’élève et œuvre.

Maintenant que tu pars, retour à la poussière,
Ton essence s’envole, vers l’azur, vers le Père,
Dans son royaume saint, d’amour et de lumière.

Adieu, mon fidèle ami, dans cette terre amère,
Mon âme, par ta grâce, au divin se lie et espère,
Dans l’écho de ta voix, l’éternité se serre.