Stella Finzi par Alain Teulié

Quelques belles phrases

Après le premier achat, je n’avais pas pu me retenir des autres. Et désormais, tous mes vœux de la veille avaient été exaucés. Un citadin accumule des songes, des insatisfactions, des déceptions, en fonction des choses qu’il aperçoit et ne possède pas.
Il l’ignore, mais la frustration est là, sournoise. Les devantures sont des mains qui nous ça ressent. Elles ne nous choient vraiment que
si on leur cède Or, la plupart du temps, on ne le peut pas.

En amour, les hommes sont des imposteurs. Leur sexualité les rend compulsionnels et menteurs. Ils jouent le personnage que la femme espère. Elle est l’auteur de la pièce, sans le savoir. Mais hélas elle confie son œuvre à de piètres interprètes. Sur la scène de l’espoir des femmes, les hommes sont de mauvais acteurs.

– Vous aimez trop la beauté pour vous attacher à moi. Et vous avez trop d’orgueil. Ce n’est pas dommage. C’est comme ça.
Je ne sus que répondre. Elle avait raison. La plupart du temps, elle se mettait sur moi. Elle était la maîtresse du jeu. Le mot maîtresse venait de là, du Moyen Âge. C’était le nom de celle qui décidait, qui testait le chevalier, pour voir s’il savait tenir ses ardeurs et les libérer quand elle le voulait. Elle me dominait, bien sûr. Personne n’avait su le faire, jamais. La femme en moi était comblée.

Mais je reviendrais sur cette citation, dans mes impressions de lectures

Impressions de lectures

A venir dans les jours qui viennent, mais

Certainement l’un des meilleurs romans de la sortie littéraire 2020. Loin des insincères romans d’Amélie Nothomb ou Emmanuel Carrère, dont nous rabatte les médias pour maximiser les profits sur quelques produits.

Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un roman aussi sincère d’un auteur. Mais j’y reviendrait. Uns sincérité qui a mon avis dépasse l’auteur lui-même.

L’auteur du roman Stella Finzi est un homme blanc de 60 ans, or, qu’avons-nous encore à dire, nous, les hommes blancs nés dans les années 60, nous, les baby-boomers devenus papy-boomers ?

Quand je regarde la génération d’hommes et femmes nés entre 1995 et 2005, je perçois un tel bouillonnement, un tel questionnement, une telle créativité, un tel sens de la responsabilité (que l’on retrouve dans les Z.A.D., le mouvement végan, la BD, le cinéma, le spectacle vivant, l’artisanat, la création en général) une telle remise en question des modes de vie, que je me rends compte que ce que nous avions cru immortel, ne l’est absolument pas. Les gens de ma génération ont en fait confondu immortalité et éternité.

Quand nous disions que l’argent doit arrêter de dominer les relations humaines (que ce soit entre les différents genres, phénotypes, orientations sexuelles), la réponse toute faite était invariablement « Cela a toujours était ainsi ».

J’imagine que déjà au cœur du 13ème siècle, la réponse était identique, même si le questionnement différait. Cette réponse toute faite est de tout temps, elle se résume à refuser de changer quoi que ce soit aux pouvoirs en place.

Qu’avons-nous donc encore à dire, nous, hommes blancs de ma génération qui sommes aujourd’hui souvent attaqués (et pas forcément toujours à tort) ? Ce que nous pouvons dire, et que nous sommes les seuls à savoir, c’est que nous ne sommes pas comme les hommes qui avaient 60 ans quand nous en avions 20 : le patriarcat n’avait pas encore été remis en question, la pensée bourgeoise dominait et le but de beaucoup de personnes était de vivre comme les bourgeois. Or les choses ont grandement changé et nous sommes ceux qui pouvons en attester. Nous avons vécu ce changement et nous pouvons en témoigner. L’auteur de Stella Finzi est un homme de cette génération-là et l’attaquer sur le fait qu’il soit homme blanc de 60 ans n’est pas juste. Il ne porte pas plus que moi tous les maux du monde qu’on nous reproche.

Beaucoup de choses ont bougées quand nous avions entre 20 et 40 ans, s’exprimant par les mouvements punk, rock etc…mais en sous-marin, le libéralisme se cachait derrière le mot liberté, il était déjà là, prêt pour sa victoire totale. Avec tout l’orgueil et la vanité qui étaient les nôtres de nous croire nous-même meilleurs que nos parents, nous étions sans le savoir en train de foncer vers l’individualisme et le narcissisme. Nous nous habillions de l’ironie comme s’il s’agissait de la plus haute forme de l’intelligence. Nous étions cool et « faisions la fête ». Erreur de jeunesse.

Aujourd’hui, à 60 ans, nous ne savons plus ce qui appartient au modèle de société qu’on s’est laissé imposer et auquel nous avons collectivement contribué, ou à nos véritables aspirations. Sans cette pression patriarchale bourgeoise blanche, quel serait notre chemin ? Il n’y a pas que Judith Butler dans les années 2000, ou Greta Thunberg aujourd’hui qui se soient posées cette question, même si je les respecte éminemment et pense qu’elles (et d’autres) posent les questions bien mieux que nous. Certains hommes blancs de 60 ans se posent également cette question.

Qu’avons-nous donc encore à dire, nous, hommes blancs de ma génération qui sommes aujourd’hui souvent attaqués (et pas forcément toujours à tort) ? Ce que nous avons à dire se trouve en creux dans le roman d’Alain Teulié Stella Finzi, et il ne faudrait pas se contenter de le lire superficiellement.

Ce roman est pour moi le meilleur livre de cette sortie littéraire. C’est une tornade, un choc, une parabole, une allégorie qui arrive exactement au bon endroit et au bon moment pour poser des questions aussi profondes sur le lien brisé qui se ré-invente en relation libérée et donc beaucoup plus riche et nouvelle. Comme les religions aussi, devraient se réinventer. Et cela n’a rien à voir avec une quelconque « innovation », il s’agit de découverte, d’invention, de création.

Ce roman est écrit par un homme à un moment de sa vie où il ne lui reste que la plus profonde sincérité que puisse avoir un auteur de ma génération. Nous sommes loin de ces romans-produits qui ne sont plus que des objets creux, standardisés et préfabriqués avec du sociétal dedans, comme des produits bio issus des chaines industrielles !

Le narrateur de Stella Finzi accepte d’être perdu et de se perdre à jamais car rien dans le monde ne peut plus lui offrir de savoir ce qu’il désire au plus profond de lui-même. Il est vide, vidé par son époque, sans épopée, sans aventure qui lui laisse du désir, sans joie de vivre. Il finit par détruire même les restes de ses liens avec autrui. Ce roman n’a rien de sociétal, il s’agit d’un hétérosexuel blanc très formaté par son temps : il refuse une relation avec une femme qu’il trouve laide, ainsi que la société lui l’a inculqué.

Or, plus le narrateur la décrit comme laide, plus, moi, lecteur, je la trouve belle, pour finir en apothéose de beauté. Beauté physique, psychique et spirituelle. C’est là une des plus merveilleuses réussites de ce roman : parvenir à faire sentir la beauté en la présentant comme de la laideur.

« – Vous aimez trop la beauté pour vous attacher à moi. Et vous avez trop d’orgueil. Ce n’est pas dommage. C’est comme ça. Je ne sus que répondre. Elle avait raison. La plupart du temps, elle se mettait sur moi. Elle était la maîtresse du jeu. Le mot maîtresse venait de là, du Moyen Âge. C’était le nom de celle qui décidait, qui testait le chevalier, pour voir s’il savait tenir ses ardeurs et les libérer quand elle le voulait. Elle me dominait, bien sûr. Personne n’avait su le faire, jamais. La femme en moi était comblée. »

Le seul reproche que je ferais à ce roman, tient précisément à cette dernière phrase, qui selon moi est une erreur : « La femme en moi était comblée. » Il aurait été plus pertinent de dire « L’homme en moi était comblé. » L’auteur aurait ainsi renoué avec la pensée celte que l’on trouve dans la Morte d’Artus de Thomas Mallory, car ce qu’attend le chevalier, c’est d’être dominé par le divin, et pour les chevaliers de la Table Ronde, le divin est un principe féminin.

Pour résumer, Alain Teulié nous offre ici les questionnements de toute une vie, sans fards. Il ne cherche pas à montrer un héros, il nous offre presque le constat de ses échecs et cela nous questionne. Le roman va plus loin qu’une simple sortie littéraire à la Nothomb, Carrère ou Reinhardt. Je pense qu’il faut vraiment se laisser envahir par les questions de notre temps en observant cette histoire comme une fractale de notre époque complexe. Il replace le féminisme comme un véritable humanisme.

« Le mot maîtresse venait de là, du Moyen Âge. C’était le nom de celle qui décidait, qui testait le chevalier, pour voir s’il savait tenir ses ardeurs et les libérer quand elle le voulait. Elle me dominait, bien sûr. »

Finalement, même un homme blanc de ma génération peut avoir quelque chose à dire aussi.

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