QUAND JE PENSE À MA MÈRE DE Marceline Desbordes-Valmore

Ma mère est dans les cieux, les pauvres l’ont bénie :
Ma mère était partout la grâce et l’harmonie.

Jusque sur ses pieds blancs, sa chevelure d’or
Ruisselait comme l’eau, Dieu ! J’en tressaille encor !

Et quand on dişait d’elle : « Allons voir la Madone »,
Un orgueil m’enlevait, que le ciel me pardonne !

Ce tendre orgueil d’enfant, ciel ! pardonnez-le nous :
L’enfant était si bien dans ses chastes genoux !

C’est là que j’ai puisé la foi passionnée
Dont sa famille errante est toute sillonnée.

Mais jamais ma jeune âme en regardant ses yeux,
Ses doux yeux même en pleurs, n’a pu croire qu’aux cieux.

Et quand je rêve d’elle avec sa voix sonore,
C’est au-dessus de nous que je l’entends encore.

Oui, vainement ma mère avait peur de l’enfer,
Ses doux yeux, ses yeux bleus n’étaient qu’un ciel ouvert.

Oui, Rubens eût choisi sa beauté savoureuse
Pour montrer aux mortels la Vierge bienheureuse.

Sa belle ombre qui passe à travers tous mes jours,
Lorsque je vais tomber me relève toujours.

Toujours entre le monde et ma tristesse amère,
Pour m’aider à monter je vois monter ma mère !

Ah ! l’on ne revient pas de quelque horrible lieu,
Et si tendre, et si mère, et si semblable à Dieu !

On ne vient que d’en haut si prompte et si charmante
Apaiser son enfant dont l’âme se lamente.

Et je voudrais lui rendre aussi l’enfant vermeil
La suivant au jardin sous l’ombre et le soleil ;

Ou, couchée à ses pieds, sage petite fille,
La regardant filer pour l’heureuse famille.

Je voudrais, tout un jour oubliant nos malheurs,
La contempler vivante au milieu de ses fleurs !

Je voudrais, dans sa main qui travaille et qui donne,
Pour ce pauvre qui passe aller puiser l’aumône.

Non, Seigneur! Sa beauté, si touchante ici-bas,
De votre paradis vous ne l’exilez pas.

Ce soutien des petits, cette grâce fervente
Pour guider ses enfants si forte, si savante,

Vous l’avez rappelée où vos meilleurs enfants
Respirent à jamais de nos jours étouffants.

Mais moi, je la voulais pour une longue vie
Avec nous et par nous honorée et suivie,

Comme un astre éternel qui luit sans s’égarer,
Que des astres naissants suivent pour s’éclairer,

Je voulais jour par jour, adorante et naïve,
Vous contempler, Seigneur ! dans cette clarté vive…

Elle a passé ! Depuis, mon sort tremble toujours
Et je n’ai plus de mère où s’attachent mes jours.

Une réflexion sur “QUAND JE PENSE À MA MÈRE DE Marceline Desbordes-Valmore

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