Oraison 23 mai 2020 : balade matinale

Au soulevé du sommeil
Et porté par la flamme du désir
Courir chez l’ami d’en face
Traverser la rue de sable et de cailloux
Frapper à la porte.

« — Je vous salue madame Marie,
Je viens voir votre fils.

— Il est sortie tôt à l’aurore
Pour monter à la colline verte.
Coupe à travers ma maison
Prends la porte de l’atelier,
Traverse l’enclot aux moutons
Enjambe la barrière
Et cours sur le sentier.
Tu dois pouvoir le rejoindre
Avant qu’il n’arrive au sommet.
Chaque jour il se lève avant le soleil
Pour monter contempler les matins du monde. »

Oraison 20 mai 2020 petits cailloux et coupes

Avant de naitre, elle a déposé ses cailloux.
Et, la personne humaine est née.
Quand elle se retourne, elle voit.
Elle voit foisonner ses chemins en un arbre scintillant.
Ils scintillent des petits cailloux brillants déposés.
Et au troisième jour de vie, la personne
Fille ou garçon, oubli tout et ne voit plus.
Il ne lui reste que la première coupe de sa naissance,
Agape, elle est a tenir sous la lumière.
Et celle-ci donnera quand elle débordera.

La nouvelle personne humaine suivra l’un des chemins.
Dès les premiers jours, Elle recevra deux autres coupes,
De ses parents, Éros et Phillia.
Jouissance et bonheur lorsqu’elle déborde.

Mais au dernier jour,
Fille ou garçon,
Jeune ou vieux
Elle repartira seulement avec la première coupe.
Sera-t-elle pleine et encore débordante ?

J’écris « personne humaine », pas « homme ». La personne humaine est au féminin, ainsi il retrouve le son universel et autorise à voir garçons et filles, garçon ou fille. C’est dans ces mots que nos coupes se remplissent et débordent.
Nous devons d’abord recevoir en se plaçant avec sa coupe sous la cascade, alors elle débordera et donnera d’elle-même. Seul compte comment je tiens mes trois coupes. La seule qui restera sera celle de l’amour Agapé.

Liberté, Vérité, Charité*
*Charitas = Agape l’amour qui donne, l’amour qui déborde et donne la joie.

La route d’oraison du 7 mai 2020

Marcheur assis en bord
Bien, Il s’émerveille
Du chemin a accomplir

Premier jour Kendo
Il rayonne de joie
De la voie vers huitième Dan

L’amour s’émerveille
De la longue allée de joie
Et coupe le néant


Et l’ange dit :
La science est l’enfant de l’émerveillement.
Ne la méprisez pas.
L’émerveillement et la curiosité sont deux.
Il y a beaucoup de curieux,
Mais il y a eu des émerveillés.
Et il dit aussi :
AUTOUR DE CELUI QUI SAIT S’ÉMERVEILLER,
ÉCLOSENT LES MERVEILLES.
(Dialogues avec l’ange)

Ma boulangère

Le boulanger et la boulangère.
Ma boulangère n’est pas la femme du boulanger.

Elle a appris son métier dans une boulangerie.
Elle connait son minotier.
Elle connait les paysans et paysannes de son minotier.
Elle a vécu l’année de leurs blé.
Elle sait quand le minotier passe ces blés au moulin.
Elle accueille la farine chaque semaine.
Elle l’entrepose et connait la vie dans son entrepôt.

Elle se lève et connait le temps qu’il fait.
Elle devine ses patients, qui, demain, viendront.
Elle choisit, le mesures d’eau de farine et de levain.
Elle décide l’heure le nombre et les temps de pétrin.
Elle décide l’intensité de ses bras au pétrin.
Elle décide de mouler ses pains long et court,
Long ou court.
Elle enfourne et a déjà décidé des températures.
Ma boulangère.

Elle sait de ses patients les cuit les bine cuits et les pas trop cuit.
Quand le lendemain dans la chaleur, l’odeur et le bruit du feu enfariné
Ses patients viennent, elle leur offre son pain.
Et eux, sourire gourmand lui offrent la possibilité de continuer.
Son pain est la prière de ma boulangère.

« Il prit le pain et le rompis et de donna… »
C’était le pain de ma boulangère.
Chaque jour il était différent, il était vivant.

Maintenant, tout est calculé par des computeurs,
Maintenant des process s’activent et un pain standard sort.
Chaque jour le même,
Un pain mort.
Je ne mange plus de pain.
Le métier de boulangère n’existe plus.
Mais après le confinement, il reviendra,
Les patients reviendront
Et ma boulangère exercera de nouveau son métier.
Il reprendra le pain et le re-rompra et le redonnera…

Demande

Es-tu venu sauver les hommes mais pas les femmes ?

La boulangère et le boulanger,
La boulangère n’est pas la femme du boulanger
Elle est la personne humaine qui prépare et pétri
Qui moule et enfourne le pain,
Et qui le sort avec sa planche lorsque la cuisson est accomplie.

La boulangère et le boulanger,
Le maçon et la maçonne,
La cordonnière et le cordonnier,
Le paysan et la paysanne,
La médecinne et le médecin,
Le forgeron et la forgeronne,
La professeuse et le professeur,
L’acteur et l’actrice,
L’autrice et l’auteur,
Le coiffeur et la coiffeuse,
La poétesse et le poète,
Le guerrier et la guerrière,
La sculptrice et le sculpteur,
Le chirurgien et la chirurgienne,
La diaconnesse et le diacre,
Le prêtre et la prêtresse,
La peintresse et le peintre,
L’éboueur et l’éboueuse,
La philosophesse et le philosophe,
Le sage-homme et la sage-femme,
La boutiquière et le boutiquier,
L’apothicaire et l’apothicairesse,
L’aviatrice et l’aviateur,
Et tant et tant de métier,
Es-tu venu sauver les hommes mais pas les femmes ?

Je suis,
Je suis venu,
Je suis venu sauver la personne humaine,
Je suis venu sauver l’humanité,
Je suis venu sauver la vie ici et ailleurs,
Je suis venu sauver le végétal et le minéral
Par la seule loi qui m’anime.
Aimez-vous.
Aimez-vous de cet amour infini qui bat au cœur de vous,
Au milieu de vous.
Au centre de vous.

Jouissez de vos corps et de vos sexes,
Accueillez les bonnes heures offertes par le lien et l’attachement,
Appréciez vos raisons et intelligences,
Et vos rêves et vos cauchemars,
Mais surtout tenez toujours ouverte la porte de l’esprit
L’esprit de l’infini qui brule sans se consumer.
Recevez les objets des unes et des autres, des uns et des autres
Recevez, jouissez-en, mais ne les consommaient pas,
Recevez les car venant d’elle ou de lui, il est sacré.
Et l’accueil en respect vous l’ouvrer et lui offrez cet amour infini.

Seul Mammon vous tentera et vous détournera de cela,
Seul Mammon vous renverra à la consommation qui détruit en brulant.

Le geste qui dit

Le geste de mon père binant le tabac
Fluide, léger caressant pour chaque plant.
Ce geste double, d’un S et d’une apostrophe,
Répété 50000 fois.
Ce geste est attention,
Intention pour la jeune pousse de tabac
Ce geste est pur,
Ce geste est sa prière, son oraison, sa bénédiction*.

Le geste, du cousin de mon père, boulanger
Dès le soir venu, il sait l’heure du premier pétrin,
Il y a de la pluie dans l’air, alors ce sera deux heures ce matin.
Il y aura moins d’eau, et un peu plus de levain
Il devra aussi pétrir une fois de plus.
Il sent aussi que demain.
Ses patients voudront du pain blanc.
Alors il pétrit
Ses mouvements sont purs
Ses mouvements sont sa prière, son oraison, sa bénédiction*.

Le trader dans la salle de marché,
Hurle, crie, court.
Encore plus d’argent avec l’argent
Encore plus de calcul
Encore plus de paris,
Encore plus d’offrandes à Mammon !
Il n’a plus de prière et pas d’oraison, malédiction**.

Ce matin,
Je pense au coiffeur et à la coiffeuse,
A l’éboueur et l’éboueuse de nos âmes,
A l’infirmière et à l’infirmier,
Et à tous ceux et celles qui ont métier.
Je pense à leur prière, à leur oraison, à leur bénédiction*.

*Bénédiction, bien dire
**Malédiction, mal dire

« Obéir » pour nos anciens

« oboedio » verbe latin « oboedire »
Prêter l’oreille.
« ob » et « audio »,
Grec « aiô » « aisthanomaï »
Percevoir par les sens,
Percevoir par l’intelligence,
Comprendre.
Grec « aiô », entendre, percevoir,
Sanskrit « avih »
Évidemment
Ce qui est manifeste
Ce qui est entendu.

Et je croyais que c’était qu’ils fassent ce que je veux.

Je cherche la légitimité,
Je suis avide de légitimité
Je veux que mon désir soit vérité,
Afin que mon désir par eux soit à combler,
Afin que tous m’obéissent.
Afin que la totalité de leur action soit de répondre à mon désir.

Je reste alors cet enfant
Ce petit garçon de cinq ans
Immature,
Capricieux,
Qui jamais ne grandit.

Ma liberté est ultra.
Mon sens du libéralisme est narcissique et ultra,
Est ultra-narcissique.
Ultra, l’au-delà.

Mais l’au-delà ne m’attend pas là.
Il attend amoureusement que j’obéisse,
Et que librement j’entende
Et que librement je le suive
Avec ce qui est moi,
Ce de quoi je suis fait
Afin de grandir,
Et de créature chétive participer à la tâche de la création.
En vérité.

Oraison 23 avril 2020

Au départ un gazouillis

Au départ, un simple gazouillis,
La foi est un rêve jamais atteint.

Et la foi est une confiance sans fin.
Je t’aime et je te fais confiance,
Et je ne sais pas pourquoi,
Et j’en éprouve un grande joie.

Alors voici la rencontre d’un ami.
Voilà longtemps que nous ne nous étions vus.
Et il était dans le doute,
La foi est un don de Dieu,
Mais comme Dieu n’existe pas
Il n’a pu en faire grâce à quiconque.
Donc les croyants sont sans foi !

Rendons à César ce qui est à César…

Il fait grand jour, parlons de César.
César aujourd’hui a pris visage des démocraties bourgeoises.
Elles s’organisent pour que l’argent rapporte de l’argent !
Et donne l’illusion que la mort s’éloigne dans le futur.
Mais point d’à venir, juste une projection d’un présent inchangé.
Nos malheurs sont là, dans le choix de nos Césars.

Et la nuit tombe. Et nous marchons un peu.
Et nous arrivons sur le porche d’une église oubliée.
Nous sommes assis, et nous trinquons,
Nous choquons nos bières puis nos verres de vin rouge.

…Et à Dieu ce qui est à Dieu.
Le ciel s’illumine de sa nuit d’été.
Les étoiles filent,
Les lucioles « balètent »,
Et nous trinquons de la beauté
De notre amitié.
La confiance entre nous renait.
Nous renaissons à nous même,
Et éprouvons cette joie des nuits d’étés chargées d’amitié.
La bière du nord en prend un autre goût,
Et le vin rouge de Chinon en possède une autre saveur !

Ses doutes s’étaient envolés.
Il reprenait sa lutte contre César,
Avec la confiance en un ami, retrouvée.

J’étais seul dans l’église abandonnée.
Confiné.
Et j’étais l’ami qui doutait.
Qui était « tu » ? Qui était « Je » ?

Oraison 21 avril 2020