L’Amour des trois oranges de Françoise Morvan

Je suis sorti de L’Amour des trois oranges avec l’étrange impression d’avoir été lavé de la crasse de ce monde, non pour m’en éloigner, mais pour mieux y voir. Ce livre, qu’on pourrait croire innocent, avec ses contes et ses poèmes, est un miroir tendu à l’enfance, mais une enfance rugueuse, où les princes ne sont pas tous charmants et où les princesses ne sont pas seulement des images à sauver. C’est une enfance qui respire, qui tremble, qui ose regarder l’ombre sans la fuir. Et cela, c’est une révolution douce.

Françoise Morvan revendique la poésie et la liberté. Mais quelle liberté ? Celle de créer sans concession, de retourner aux racines pour s’y retrouver, d’écrire avec la voix des aïeules qui chuchotent encore dans nos nuits. Cette liberté est un acte de résistance contre un monde qui voudrait tout formater, tout stériliser. Ses contes ne mentent pas. Ils ne se perdent pas dans les illusions mièvres d’une fin heureuse à l’américaine. Non, ils regardent la vie dans les yeux, avec tout ce qu’elle a de mystère, de douleur, mais aussi de splendeur.

Ces contes et poèmes sont des échos, des ricochets sur l’eau trouble de nos âmes. On y retrouve la poésie brute des légendes, cette manière de dire l’invisible sans le figer, d’éclairer les coins sombres sans en effacer l’obscurité. Ils nous rappellent que l’enfance n’est pas un âge, mais un état d’être, un regard porté sur le monde avec la curiosité des premiers jours.

Je conseille de lire ces textes le soir, dans ce moment où le jour s’efface et où l’esprit s’ouvre aux songes. Ils sont faits pour cela. Ils vous murmureront des vérités que vous aviez oubliées, ils raviveront des souvenirs que vous pensiez perdus. Et le matin, vous vous réveillerez avec une impression étrange : celle d’avoir approché, dans vos rêves, quelque chose de plus grand, de plus profond. Le mystère d’être en vie.

Rubaiyat

Sous les feuilles fanées, un conte oublié,
D’oranges, de princes, d’âmes mal-aimées.
Chaque mot est un fil, tissé d’ombre et de feu,
Le soir, il éclaire nos rêves effacés.

Ghazal

Sous la lune, un conte murmure à mon cœur,
Une orange éclatée emplit de chaleur.

Des princes déchus, des princesses rebelles,
Leurs larmes sont l’écho d’un chant sans demeure.

Au matin, un poème danse sur ma peau,
Il trace dans mes veines des mots qui demeurent.

Françoise, tes histoires m’ouvrent des royaumes,
Là où le feu des songes jamais ne s’effleure.