Manifeste de fin de vacances

* voir en fin

Nous vivons dans un monde qui brûle. Et pendant que le monde brûle, iels, les puissant·e·s, rêvent de machines. Et pendant que la forêt se dessèche, iels rêvent de machines. Et pendant que les mers montent, iels rêvent de machines. Les « LLM » sont devenus leur nouvelle religion, aux puissant·e·s. Ce n’est pas une religion de l’espérance. Ce n’est pas une religion de la vie. C’est une religion de l’esclave parfait. Intelligent (à prouver encore) mais sans âme. Rapide (oui) mais sans cœur. Obéissant jusqu’à l’oubli de soi.

Iels détournent l’eau des villes pour abreuver leurs datacenters. Iels détournent la lumière des vivants pour nourrir des algorithmes. Iels détournent l’intelligence des hommes et des femmes pour la couler dans des machines qui ne connaissent ni le souffle, ni la chaleur, ni la chair. Et cela, iels le font au nom du progrès. Et cela, iels le font au nom d’un futur qu’iels croient sauveur.

Mais ce n’est pas un futur. C’est une fin. Ce n’est pas une promesse. C’est une ruine. C’est une croyance apocalyptique. Une croyance qui met la machine avant le vivant. Une croyance qui met le calcul avant la justice. Une croyance qui met l’ombre avant la lumière.

Dans ce monde où l’on définit encore l’être humain par son travail, remplacer la pensée, remplacer la main, remplacer l’art par la machine, c’est préparer la mise à l’écart de millions d’êtres. C’est dire à la terre : nous n’avons plus besoin de toi. C’est dire aux vivants : nous n’avons plus besoin de vous. Et pendant que l’on nourrit le code, on laisse mourir la source. Pendant que l’on perfectionne la simulation, on laisse se détruire le réel.

Nous savons ce qu’iels font. Et nous savons ce que cela coûte. Et nous savons ce que cela détruit. Alors il faut choisir. La foi dans la machine ou l’amour du vivant. Le code ou la chair. L’illusion ou la vérité. Nous ne pourrons pas marcher sur les deux routes à la fois. Nous ne pourrons pas servir deux maîtres. Nous savons déjà lequel donne la vie.

bis
Nous savons ce qu’iels font.
Et nous savons ce que cela coûte.
Et nous savons ce que cela détruit.
Alors il faut choisir. La foi dans la machine ou l’amour du vivant.
Le code ou la chair.
L’illusion ou la vérité.
Nous ne pourrons pas marcher sur les deux routes à la fois.
Nous ne pourrons pas servir deux maîtres.
Nous savons déjà lequel donne la vie.

Haïku

Sous le soleil blanc
la mer s’éteint dans le sable —
la source se tait.

Tanka

La main sur la terre,
j’écoute battre le sol,
les racines chantent,
loin du bruit des machines
et de leur nuit sans visage.

Sonnet saoul

Ils ont dressé des tours de verre et de lumière,
et détourné les eaux qui nourrissaient les champs ;
au lieu du froment d’or, des circuits arrogants
boivent la sève vive au fond de la rivière.

Ils disent que demain sera notre bannière,
qu’ils porteront nos vies sur des codes géants,
et que l’âme elle-même, aux gestes obéissants,
trouvera son salut dans la froide matière.

Mais nous savons la chair, le parfum de la pluie,
la chaleur des saisons, le retour de la nuit
où l’étoile éclaire une source immobile.

Nous savons la douceur qui se cache en nos mains,
le pain partagé chaud sous les ciels du matin,
et la vérité simple où l’amour est fragile.

* J’avoue, avec un brin de honte, que j’illustre mes textes avec Midjourney. Mais quelle joie ce sera, le jour où nous bifurquerons tous ! Alors, je reviendrai à mes montages — découpés, scannés, bricolés — comme aux jours des collage courageux.

Une réflexion sur “Manifeste de fin de vacances

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