L’été… On le croit tendre, caressant, presque innocent, parce que la chaleur étire les heures et que les voix se posent sur les terrasses comme des verres de vin blanc. On le croit insouciant — mais de moins en moins — , parce que l’école est finie, parce que les gares s’emplissent de départs, parce que le sable s’invite entre les pages des livres qu’on emporte à la plage. Mais l’été n’est pas qu’une étreinte tiède. Il est dur, exigeant, parfois impitoyable. Iel est une saison qui demande, qui prélève, qui use et qui consume et nous invite insidieusement à la consommation.
J’y pense en songeant aux mains de Panturle, dans Regain. Ces paumes tailladées, brûlées par la faux, qui disent tout sans un mot. Des mains comme des plaies, ouvertes comme une offrande. L’effort, le vrai, ne fait pas de bruit, il ne s’exhibe pas. Il se mesure aux sillons tracés dans la terre et dans la chair. Il se lit dans les rides qui ne viennent pas de l’âge mais du soleil, du vent, de la poussière, du poids des jours.
Et tandis que nous nous offrons des parenthèses de repos, d’autres veillent, peinent, récoltent. Tandis que nous cherchons l’ombre, d’autres cherchent la pluie. Tandis que nous comptons les jours jusqu’au retour, d’autres comptent les heures avant la fin du travail. Les vacances ne sont pas l’abolition du monde, elles ne suspendent pas la douleur ni le labeur. Elles ne font que déplacer notre regard. Mais si nous choisissons de le relever, de regarder au-delà de notre hamac, alors nous verrons : l’été peut être aussi un temps d’écoute et de reconnaissance.
Car même la saison flamboyante peut chanceler. Un ciel d’orage peut l’ouvrir comme on brise un fruit mûr. La grêle peut réduire à rien des mois d’efforts. Le vent peut coucher les champs comme un corps épuisé. Salomon l’avait déjà dit : la gloire mal placée est aussi incongrue que la neige en été. La sagesse des saisons nous rappelle qu’aucun triomphe n’est assuré, qu’aucun été n’est éternel, et que tout dépend, toujours, de la patience et de l’attention.
Alors, en ces semaines où les routes mènent aux plages et aux montagnes, souvenons-nous que Dieuxe ne prend pas de vacances. Iel est là, dans le fruit cueilli et dans la main qui l’a cueilli·e. Iel est là, dans le soleil qui mûrit et dans l’ombre qui protège. Iel est là, dans la gratitude qui monte quand on mesure le prix du pain, du vin, des fruits, du travail. Iel est ce que je suis capable de lancer vers l’infini, infini d’une seule énergie vivante, l’amour.
Que nos vacances ne soient pas la vacance du cœur.
Que l’été soit surtout la saison de nos acte, de l’action de grâce.
Haïku
Mains ouvertes, pleines,
le blé mûrit sous le feu —
Dieuxe veille encore.
Tanka
Sous l’ombre brûlante,
la faux chante dans le champ.
Les mains sont blessées,
mais l’été porte promesse
à qui sert la terre aimée.
Sonnet qui chauffe
L’été n’est pas seulement fête et lumière,
il est sueur, il est poussière et labeur.
Sous le soleil, les mains s’ouvrent en douleur,
offrant aux greniers l’or mûr de la terre.
Ceux qui travaillent gardent vive la prière,
même en silence, même au plus chaud de l’ardeur,
car chaque grain porte en lui la saveur
du soin, de l’effort, de la patience entière.
Et nous qui reposons, nous qui contemplons,
savons-nous que ce pain, ce vin que nous buvons,
vient des jours ardus, des nuits pleines d’attente ?
Que notre été soit veille et reconnaissance,
qu’il soit louange et non indifférence,
qu’il soit offrande au monde qui nous soutente.
🙏🙏🙏❤️❤️❤️