Elles étaient trente, elles étaient belles, elles étaient fortes, elles étaient pleines d’un feu ancien, d’un feu transmis, d’un feu reçu, d’un feu qui ne consume pas, qui éclaire, qui réchauffe, qui fait naître. Elles étaient trente à marcher ensemble, à porter ensemble, à chanter ensemble, à rire ensemble, à pleurer ensemble, à se recueillir ensemble. Elles étaient trente et, dans leurs pas, c’était toute la paroisse qui marchait. Elles étaient trente et, dans leur prière, c’était toute l’humanité qui priait.
Elles sont allées à la rencontre d’une femme immense, d’une sœur en vérité, d’une compagne du mystère. Édith Stein, la juive, la philosophe, la carmélite, la sainte. Celle qui traversa les ténèbres du siècle avec la lumière dans l’âme. Celle qui fut fidèle à son peuple et fidèle à son Dieu. Celle qui n’opposa jamais mais qui réunit. Celle qui alla jusqu’au bout du don, jusqu’au bout de l’amour, jusqu’au bout de la Croix. « Rien n’est acquis par droit ou mérite : tout est don, gratuité, grâce. »
Elles ont lu ses mots, elles ont entendu sa voix. Elles ont médité ses textes, parfois arides, souvent brûlants. Elles ont partagé, elles ont osé se dire, elles ont livré leur prière, leur sécheresse, leur silence, leurs désirs, leurs absences. Elles ont reconnu dans ses phrases les tremblements de leur foi. Elles ont accueilli cette phrase simple, limpide, essentielle : « Il s’agit seulement d’avoir un petit coin tranquille où l’on puisse converser avec Dieuxe comme si rien d’autre n’existait » (que cette amour infini, cette puissance éternel ayant abandonné tout pouvoir.) Et dans cette phrase, toute la prière du monde.
Elles ont aussi été appelées à plus haut, à plus dense, à plus exigeant. À faire place. À laisser vivre le Sauveur en elles. À transformer le quotidien en eucharistie. À dire : oui. Oui à la conversion intérieure, oui à l’espace du don, oui au refus de l’inutile. Oui à la présence réelle dans l’existence. Oui à l’amour qui se donne et qui renaît. Oui à la vie nouvelle.
Et puis il y eut la vie simple. La vie fraternelle. La vie sororale. Les rires dans les chambrées. Les confidences à la veillée. Les chants du matin et ceux du soir. Les gestes tendres et les silences habités. La reconnaissance de l’autre. Le dévoilement. Le passage de la surface à la profondeur. Le regard qui change. Le lien qui se tisse. La communauté qui se construit.
Et comme elles étaient femmes, elles ont parlé de Marie. Non comme une idole lointaine, mais comme une sœur première. Comme celle qui a été le miroir du Christ. Comme celle que chacun·e, homme ou femme, est appelé·e à imiter. Car imiter Marie, c’est imiter le Christ. Et l’imitation du Christ est l’affaire de toustes.
Et dans leurs pas, il y avait l’humanité. Et dans leur prière, il y avait les hommes aussi. Et dans leur marche, il y avait la promesse. Et dans leur cœur, il y avait Dieuxe. Et dans leur souffle, il y avait l’Esprit.
Haïku
Trente voix s’élèvent,
Édith marche en leurs silences —
La croix devient chant.
Tanka
Dans l’ombre d’un pas,
une femme parle aux cieux,
les cœurs s’ouvrent grand.
Pèlerines en lumière,
Marie veille, douce flamme.
Sonnet bancale
Elles furent trente, sœurs de la lumière,
En quête d’un feu que nul ne consume,
Portant en elles la prière posthume,
D’Édith la sainte, douce et solitaire.
Leurs pas croisaient les souffles de naguère,
Leurs chants couvraient l’écho des amertumes,
Et dans leurs yeux, mille clartés d’écume,
Disaient la foi plus forte que la guerre.
Là, dans un coin tranquille et recueilli,
Elles trouvaient la source et l’ébloui,
Le cœur battant aux rythmes du silence.
Et sous les cieux, elles tissaient ensemble
L’image d’un monde où l’Amour rassemble,
Et l’âme prie comme on entre en présence.