La Civilisation judéo Chrétienne par Sophie Bessis

J’ai plongé dans l’ouvrage de Sophie Bessis, « Civilisation Judéo-Chrétienne : Anatomie d’une imposture », et je dois dire que ce week-end de lecture m’a profondément retourné. Chaque page, chaque réflexion, se déroulait devant moi, révélant les ombres qui se glissent insidieusement dans notre société.

Bessis met en lumière la manière dont les mensonges s’infiltrent dans notre conscience collective, tissant un récit qui, au fil du temps, finit par s’enraciner dans nos pensées et nos discours. Elle dépeint une image troublante de ce que l’on considère souvent comme un fondement de notre culture, et j’en suis sorti avec une acuité nouvelle sur la manipulation des idées, sur les discours qui façonnent notre perception du monde. Finalement voilà ce que j’en ressent :

Comme elle sonne creux, comme elle sonne faux, cette expression toute faite, cette « civilisation judéo-chrétienne » que l’on répète à l’envi, comme une prière vaine, comme un mensonge devenu rituel. Je l’entends partout, je la vois inscrite sur les lèvres de ceux qui n’ont ni lu l’histoire ni pleuré les martyrs. Je la vois maniée comme un glaive, comme un talisman, comme un passeport de pureté, mais elle n’est qu’un voile. Un mensonge de velours. Une escroquerie de haute tenue.

Je suis chrétien, oui. Je suis catholique, oui. Je suis fils de l’Église et frère de l’Ancien Testament. Mais je suis aussi l’héritier d’une histoire où les juifs ont été traqués, expulsés, dénoncés, humiliés, exterminés par ceux-là mêmes qui, aujourd’hui, se parent d’une fraternité de façade. Et je dis non ! Non à cette fraternité d’après les larmes. Non à cette accolade tardive, cette accolade empoisonnée.

Car il fallait les aimer avant. Il fallait les défendre avant. Il fallait les reconnaître citoyens, frères, sœurs avant. Et non maintenant, pour justifier des murs, des bombes, des silences complices. Non maintenant, pour rejeter d’autres peuples dans l’ombre, dans l’ennemi, dans l’impur.

La « civilisation judéo-chrétienne » n’existe pas. Elle n’a jamais existé. Ce que nous avons, c’est une histoire commune faite de douleur, de déchirement, de retrouvailles peut-être, mais surtout de blessures ouvertes. Ce que nous avons, c’est une sorofraternité, une adelphité toujours à conquérir, toujours à recommencer, jamais possédée, jamais figée. Ce que nous avons, c’est un travail de vérité, pas une rhétorique d’estrade.

Et maintenant, voilà que ce mot sert à tout. À blanchir l’histoire. À blanchir les crimes. À blanchir les discours de haine. Il devient une arme contre l’islam, un passeport pour Israël, un étendard pour les droites les plus extrêmes, les plus cyniques, les plus menteuses. On fait parler ce mot comme un cadavre qu’on agite. On lui fait dire ce qu’il n’a jamais dit.

Mais en rejoignant la colère des prophètes, et la tristesse des justes : ce mot est une trahison. Il nie l’Autre. Il nie le juif, en l’enfermant dans une fausse amitié. Il nie le musulman, en l’excluant par principe. Il nie la foi, en l’utilisant comme une arme. Il nie la vérité, en l’instrumentalisant pour la guerre.

Et cette idolâtrie de l’État, cette confusion organisée entre le peuple et le gouvernement, entre la foi et la politique, entre le ciel et les drones, voilà le véritable blasphème. Israël n’est pas le judaïsme. Et les crimes de guerre ne sont pas des commandements divins. Et le philosémitisme tapageur d’aujourd’hui n’est que le jumeau inversé de l’antisémitisme d’hier : dans les deux cas, le juif n’est jamais libre, jamais tranquille, jamais frère parmi les frères. Toujours assigné. Toujours regardé. Jamais oublié, jamais normal.

Et moi, chrétien, catholique, croyant, je dis : je rejoint madame Sophie Bessis, je ne veux plus de ce mot. Je ne veux pas d’un mot qui sépare. Je ne veux pas d’un mot qui justifie. Je ne veux pas d’un mot qui exclut au nom du même Dieu que j’invoque dans l’humilité. Je veux des mots qui unissent, des mots qui consolent, des mots qui désarment. Je veux des mots qui ne servent pas à tuer.

Haïku

Cinq syllabes creuses,
mur dressé entre les frères —
mensonge d’or fin.

Tanka

On dit : judéo
comme on dirait sorofraternels
après les charniers.
Mais le mot cache un canon
et maquille une frontière.

Sonnet

Ils disent : judéo-chrétien, et se rengorgent,
Ils disent : civilisation, paix, vérité.
Mais dans leur bouche sèche, c’est l’hypocrisie
Qui coule à flot, qui sépare, qui dévore et forge.

Ils n’ont jamais pleuré Jérusalem en cendres,
Ni tendu une main quand la haine frappait.
Mais les voilà, soudain, frères de ceux qu’ils chassaient,
Pour mieux frapper ailleurs, pour mieux exclure, fendre.

Ce mot, je le rejette, et je le dis très haut :
Ce n’est pas un flambeau, ce n’est pas un fardeau,
C’est une invention de l’orgueil politique.

Car la foi ne s’impose ni ne s’instrumente,
Et Dieu ne veut pas qu’on tue en son nom mente.
Le Verbe est pauvre, nu, fraternel, pacifique.

Une réflexion sur “La Civilisation judéo Chrétienne par Sophie Bessis

  1. Les musulmans sont aussi judéo-chrétiens. Bon ! Ne pas toujours se prendre au sérieux, quand la gravité fait rage. Pourquoi ne pas commencer, là ? Pourquoi ne pas être, là ?

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