10 d’eau —  l’Harmonie

Ce monde qui s’effondre, cette France divisée où les échos du fascisme se mêlent aux cris des opprimés, je ressens la tension dans l’air. Mes enfants, ces jeunes âmes de vingt-six et trente et un ans, se débattent dans l’angoisse, dans ce labyrinthe d’incertitudes où la bêtise bourgeoise et la colère des puissants s’entrelacent. En ce jour, alors que je tire la carte du 10 d’Eau, je suis frappé par la profondeur de son message et son écho dans notre réalité troublée.

Mon amour pour mes enfants est un tumulte de sel et de feu. Ils sont là, debout, vacillants, face à un pays qui pue le mensonge, l’uniforme, la matraque, et l’écran plat. De leurs vingt-six et trente et un, iels demandent : « Où va-t-on ? Que faire ? Comment vivre ? » Iels m’interrogent, moi, vieux repenti, repassé par les confessions, par le Christ des ruelles, par les évangiles sans glose. Et je n’ai pas de réponses. Seulement une main, une larme, un regard pour leur dire : tenez bon. Le monde est une bête cruelle, mais il y a des clairières. Il faut chercher une clairière.

Je pense aux mots de la Bible, à ces martyrs d’hier et à ceux d’aujourd’hui, aux vérités dérangeantes que l’on refuse de voir. Les mensonges des fauteurs de trouble, des facho, des trumpistes, des macronistes et autres lepénistes, résonnent comme un appel à la résistance. Ils se rêvent en héros de lumières, mais ils ne sont que des voleurs de rêves, des brigands, des criminels de l’humanité.

Et les bourgeoises s’endorment au son de leur propre flatulence morale. Elles s’indignent poliment, elles feignent la compassion et baisent les bagues des assassins. L’extrême droite, elle, hurle, maquillée de drapeaux tricolores, se prend pour le Christ alors qu’elle pue la fosse. Ils se disent martyrisés mais brandissent les chaînes qu’ils rêvent de remettre aux poignets des autres.

Et moi, entre ce bruit de bottes et le silence à mes enfants, je lis la carte. Le 10 d’Eau. L’Harmonie. Ce cœur ouvert comme une blessure qui ne saigne plus. Un cœur vaste, offert, presque naïf. Mais le Christ aussi était naïf, non ? À croire qu’on peut aimer jusqu’au bout sans vouloir tuer. Le cœur en offrande.

je choisis de m’accrocher à ce 10 d’Eau, à cette promesse de paix et de connexion. Dans ce tumulte, je trouve une beauté troublante, une invitation à aimer au-delà des limites, à embrasser l’autre, même dans son imperfection. Car c’est là que réside la véritable magie : dans la transparence de nos cœurs, dans notre capacité à nous unir face à la tempête.

Rubaiyat

Ils veulent nos cœurs sous camisole, bien rangés,
Sans trouble, sans tendresse, sans âme engagée.
Mais l’Harmonie, ce n’est pas se taire — c’est rugir
En silence, d’un amour que nul ne peut juger.

Ghazal

Je marche avec mes fils, les poings pleins de lumière,
Et mes doutes sont des chiens, mais j’avance quand même.

Les fous prêchent la guerre, nous parlons de prière,
Et mes larmes sont des flammes, mais j’avance quand même.

Ce monde est une farce, une vieille poussière,
Mais leur regard est neuf, et j’avance quand même.

Christ au cœur nu, cloué par des gens sans colère,
Apprends-moi ton courage, pour qu’j’avance quand même.

Haïkus

Sous les cris des rois,
le cœur chante — goutte d’eau
dans l’océan fou.

Dans le vide, l’amour,
Échos d’une paix profonde,
Danse des cœurs libres.