Ce matin, en ce premier vendredi de carême, je tire la carte de l’Arcane V, La Vacuité. Quelle ironie ! Dans un monde où la haine semble avoir infecté tant de cœurs, où les églises se remplissent comme pour conjurer les démons d’une société en perdition, me voilà face à la notion de vide. Ce vide qui, paradoxalement, est porteur d’une immense profondeur et d’une créativité insoupçonnée.
La Vacuité – Laisser l’amour traverser le silence
Le matin s’ouvre comme une plaie de lumière. La messe à la bougie, cette lueur fragile qui vacille mais qui ne s’éteint pas. Je marche dans la ville encore endormie, le froid colle à mes pas, et pourtant tout est déjà là. Le balayeur malien. Un vrai bonjour. Ce que l’on appelle « rien », ce vide entre deux existences, ce silence entre deux êtres, c’est là que naît la vérité.
Un autre balayeur sauve un pigeon. Le pigeon mourra peut-être. Ou peut-être pas. Mais il fallait que je sois témoin. Ce qui fait mal, ce n’est pas la mort en soi, c’est l’indifférence, c’est la négation de l’instant. Mais ce matin, quelqu’un s’est arrêté. Quelqu’un a vu, quelqu’un a tendu la main.
L’arcane V m’offre le vide, mais pas le néant. Le vide fertile, l’espace où tout peut naître. Pas un gouffre, pas une absence, mais un passage. Ce n’est pas un manque, c’est un souffle. Comme ce temps qui s’étire devant Marie, devant ces femmes qui ont marché avec Lui, qui ont tenu la souffrance à bout de bras, sans s’effondrer. La vacuité est une offrande.
Le monde est devenu fou. La haine coule dans les rues comme un poison, elle infecte les cœurs, elle ronge les âmes, elle suinte sur les écrans et dans les discours de ceux qui ont oublié ce que signifie regarder un autre être humain sans vouloir le réduire à une peur. Mais dans les églises, quelque chose grandit, une énergie douce, résistante, une lumière qui ne fait pas de bruit, mais qui ne s’éteint pas.
Le vide n’est pas un trou noir, il est l’espace où l’amour peut se déployer. La peur crée la haine, l’amour est son seul antidote.
Rubaiyat
Je marche sans poids, porté par le vent,
Dans l’absence fertile, où tout est vivant.
Le vide me parle, il m’ouvre ses bras,
Et dans son silence, j’entends l’océan.
Ghazal
Le vide n’est pas un gouffre, il est un appel,
Un souffle dans l’ombre, un secret fraternel.
Là où la peur hurle et broie les âmes,
L’amour se lève, sans rage ni drame.
Les temples s’ouvrent, un feu discret,
Chauffe les cœurs que le monde a blessés.
Laisse le vide te traverser,
Il n’est pas fin, il est recommencement.
Ainsi l’amour se glisse dans l’absence,
Ainsi la lumière survit à la nuit.
Haïku
Le vide s’ouvre,
Dans son souffle lumière fragile,
L’amour en silence.