Je m’attendais à un coup de poing, une claque magistrale dans la gueule, mais ce soir-là, dans la grande salle Sarah Bernhardt archi-comble, Hofesh Shechter m’a servi un plat froid et insipide. « Theatre of Dreams » ? Un mauvais rêve, plutôt. Il est devenu une star mondiale, bankable, adulé par des hordes de croyants, mais cette nouvelle pièce me laisse sur ma faim. Superficielle, sans colonne vertébrale, elle ne va jamais au fond des choses.
Le spectacle commence sous le regard menaçant d’un cordon de CRS. Symbole effrayant en ces temps de montée du fascisme en France. Les spectateurs, ou devrais-je dire les « clients », s’installent. Un danseur, seul à l’avant-scène, semble perdu avant de s’engouffrer derrière le rideau. J’ai espéré un instant, pensant à David Lynch, à Twin Peaks. Shechter nous emmènerait-il vers des territoires inexplorés ?
Hélas, ce n’est que le début d’un jeu vain avec des rideaux de scène. Ce qui promettait d’être une exploration des imaginaires collectifs se révèle un truc sans substance. Les rideaux s’ouvrent, se ferment, créant des fondus au noir pesant et omniprésent, mais rien de plus. Les séquences se suivent, sans jamais vraiment trouver un récit, sans jamais m’emmener nulle part.
Puis, des musiciens entrent en scène, cassant la routine, mais c’est artificiel. Shechter brise à nouveau la fragile dynamique avec une longue pause participative. Les danseurs et danseuses vont chercher le public pour une espèce de flashmob bossanova improvisée. Devant moi, une femme se donne en spectacle, pensant danser mieux que tout le monde, les portables des clients surgissent, immortalisant cette pauvreté artistique qui frôle la vulgarité. Facile, ces moments imposés de communion avec le public pour s’assurer leur faveur. Un écrivain qui s’adresse à son lecteur.
Je suis définitivement perdu. Shechter revient à ses fondamentaux, des ensembles qui bougent à l’unisson, charnels, irrésistibles. Mais je ne les ressens pas comme un groupe. Chacun peut être la star du moment. La seconde partie tente de redonner une direction, mais elle est truffée de figures déjà vues. La faiblesse de « Theatre of Dreams » est trop évidente.
Ce soir, je suis déçu.
Haïku
Rideaux se ferment,
Rêve brisé sous la scène,
Déception vive.
Tanka
CRS en rang,
Des rideaux jouent la danse,
L’âme est perdue,
Flashmob dans la nuit obscure,
Écho d’un rêve déçu.
Sonnet ou presque
Dans l’ombre d’une salle où l’illusion meurt,
Shechter promet des rêves, théâtre de chimères,
Mais dans les jeux de rideaux, l’espoir se perd,
Sous la surface brillante, les cœurs sont en jachère.
Des danseurs égarés dans un ballet d’errance,
Chacun pour soi, oubliant l’essence du tout,
Les rythmes charnels, sans âme et sans cadence,
La beauté de l’unisson, dissoute dans le flou.
Musiciens et flashmobs, subterfuges vains,
Pour captiver les foules, pour tromper les sens,
Mais le fond est absent, le spectacle en déclin.
Les rideaux se ferment, sur des illusions,
Un rêve de grandeur, noyé dans l’abandon,
Ce soir, la déception m’enlace de ses chaînes.
😟