Dans mon rêve de cette nuit, j’étais en retard pour le cours de philosophie. Le cours de théâtre-poétique (Ma mère… Maman, voulait écrire du théâtre religieux et en écrivait sur des petits cahiers de brouillon d’écolier), où j’étais si absorbé, car elle était là, si proche, avait débordé, happant chaque seconde de notre attention. Nous étions là, ensemble, dans une danse des mots et des émotions, qui nous liait plus fort que jamais. Mais le temps, lui, ne s’était pas arrêté et il fallait partir, nous étions en retard.
Nous courions à travers le lycée, un labyrinthe de couloirs et d’escaliers, un dédale où chaque pas semblait nous éloigner encore plus de notre destination. Elle était là, à mes côtés, sa respiration rapide se mêlant à la mienne, nos pas frappant le sol en une symphonie pressée et désordonnée.
Enfin, nous trouvions la salle, cachée dans une ruelle sombre, un lieu presque oublié dans ce grand lycée. Nous entrions dans la classe, un silence pesant tombant sur nos épaules alors que nos camarades, déjà absorbés dans leur devoir, nous jetaient des regards furtifs.
Je cherchais une place, me dirigeant vers le fond de la salle où s’entassaient des tables en un chaos indescriptible. Je saisissais le sujet du devoir, mais réalisais avec frustration que je n’avais pas de feuilles doubles vierges pour y répondre. Je regardais autour de moi, cherchant de l’aide, mais mes camarades, plongés dans leurs pensées, semblaient ne pas remarquer mon dilemme.
Le temps filait, et chaque seconde me semblait un trésor précieux perdu. Dans ce rêve, où les limites de la réalité se brouillaient, je sentais le poids de chaque instant qui s’écoulait, une lutte silencieuse contre un ennemi invisible et implacable. Elle était là, près de moi, et dans ce chaos, son simple regard me donnait la force de continuer, de trouver une solution, de plonger dans le défi du devoir, malgré les obstacles, dans cet univers onirique où tout semblait possible et pourtant si éphémère. Et le sujet était :
Lequel contribue davantage à la formation de la société : le religieux ou le philosophe ?
Et voici ma réponse dans le rêve :
Qui de l’œuf ? Cette question, en apparence simple, ouvre les portes d’une réflexion profonde sur l’origine et le devenir de l’humanité, une question qui résonne dans les couloirs du temps et de la pensée. Elle nous mène sur les chemins de l’évolution de la communication humaine, du langage à l’écriture, et de la religion à la philosophie.
Tout commence, dans l’histoire humaine, par le langage. Des sons émis pour se comprendre, pour chasser, pour vivre. Puis vient l’écriture, née de la nécessité de comptabiliser, de garder trace des troupeaux, des récoltes. Des bâtons gravés aux hiéroglyphes, l’humanité forge les outils de sa mémoire et de sa transmission.
Dans ce monde infini, mystérieux et parfois hostile, les premières femmes et les premiers hommes ont cherché à donner un sens à leur existence, à expliquer l’inexplicable. Iels ont vu les dieux dans le ciel, dans les arbres, dans les rivières. Les religieux, interprètes les volontés divines, ont maintenu ce lien, cette relation sacrée entre l’homme et l’invisible. La religion était l’ouverture sur le Sujet, unissant les humains dans une société cohérente, ordonnée autour du sacré.
Mais avec les dons de sagesse, d’intelligence et le discernement, l’homme s’est mis à observer, à questionner. L’objet a pris le pas sur le sujet. La philosophie est née, une quête de la vérité par la pensée, la logique, l’observation. Les philosophes, scrutant le monde avec curiosité, ont parfois oublié la connexion profonde entre les êtres, le fil invisible qui nous unit.
L’écriture, longtemps simple outil pour l’oralité, a alors évolué. Elle est devenue mémoire, transmission, réflexion. Avec l’Évangile selon Saint Marc, un tournant s’opère : pour la première fois, un texte s’adresse directement au lecteur, à la lectrice. Il n’est plus seulement question d’écouter une histoire, mais de s’y impliquer, de se questionner : « Et toi, qu’aurais-tu fait ? ».
C’est le retour du sujet. La littérature, dans son essence la plus pure, réunit sujet et objet. Elle offre la sagesse, l’intelligence, le discernement. Elle ne sépare pas l’humain de son monde, mais l’y intègre pleinement. L’écrivaine devient alors cette médiatrice, cette alchimiste qui fusionne pensée et existence, sujet et objet, dans un tissu narratif où chacun trouve sa place.
Qui de la poule ? Ni le prêtre ni le philosophe ne précède l’autre dans leur contribution à la société. C’est l’écrivain, par sa littérature, qui tisse ensemble le sujet et l’objet, offrant un espace où sagesse, intelligence et discernement coexistent. Ignorer l’un au profit de l’autre, c’est s’engager sur un chemin périlleux, où l’humanité risque de perdre son essence. La littérature, dans sa forme la plus élevée, rappelle à l’homme sa place dans le cosmos, non pas en tant qu’observateur distant, mais en tant que participant actif, vivant et ressentant. C’est dans cette union harmonieuse du subjectif et de l’objectif que réside la véritable essence de faire société.
Haiku
Langue et pensée,
En mots tissés, éveillés,
L’homme se découvre.
Tanka
Dans l’ombre des mots,
Philosophe et prêtre errent,
L’écrivain, lumière,
Tisse le fil de l’humain,
Dans la trame du divin.
Sonnet ou presque
Dans l’antique danse des paroles et pensées,
Où prêtres et sages en quête d’absolu,
Tissent de leurs voix un monde inconnu,
L’écrivain, humble, les sentiers ont tracé.
De l’ombre à la lumière, il guide nos pas,
Reliant ciel et terre dans un souffle créateur,
Dans l’encre de sa plume, il coule le cœur,
Des hommes et du monde, en un doux éclat.
Dans la toile du temps, où chaque fil compte,
Il réunit le savoir, le sacré, l’humain,
Dans un tissu de rêves où se perd le chagrin.
Ainsi, sous sa plume, le monde se raconte,
Ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre,
Dans l’union de l’écrit, l’âme humaine flotte.
Très beau et puissant.