L’angle de ma rue

A l’angle de la rue
Iels marchaient sans se voir
Chacun·e vers son destin
Leurs épaules se choquèrent
Avant le temps des yeux
Deux épaules se choquaient
Deux épaules s’accueillaient
Elles se reconnaissaient
Et les corps poursuivaient
Au tour des avant-bras
Les yeux s’interrogeaient
Les cœurs se stupéfiaient

Le trottoir se taisait
La cité attendait
Ce fut le cycle des coudes
Les mains d’iels se cherchaient
Heure du premier je t’aime
Même Soleil s’arrêtait
Il était en midi
Les cœurs tendres s’embrasèrent
Les yeux s’entre cherchèrent
Les mains lissaient les bras
Secondes encore en vie
Chaque main au poignet
Le temps devint espace
L’espace devint Maison

Deux vies entières ici
Aux mains de se serrer
Et elles se séparèrent
Dernier soupir aux doigts
L’amour nait d’mort-né
En deuil de l’amour morte
La mort rayonne l’amour
Déflagration gamma
Jusque vers Andromède
Depuis la nuit des temps
Au jugement dernier
Mur ! Étaient-ils des hommes ?
Mur ! Étaient-elles des femmes ?
Mur ! Un homme et une femme ?
Étaient-iels non binaire ?

Une histoire d’aujourd’hui
Une histoire de demain
Déjà survenu hier

Je reste à ma fenêtre
Et je pense aux passantes
Écrit par Antoine Pol
Chanté par Georges Brassens.