Je te salue

Je te salue.
Nourrissons,
Étais-tu glouton ?
Étais-tu sourire ?
Étais-tu à faire tes nuits ?
Enfant,
Étais-tu joyeux ?
Étais-tu joueur ?
Étais-tu studieux ?

Je te salue.
Adolescent,
Étais-tu boutonneux ?
Étais-tu amoureux ?
Étais-tu en ta peau mal ?
Étais-tu apprenti ?
Étais-tu éloquent ?

Jeune adulte,
Étais-tu déjà au travail ?
Et ta mère
Qui aimais Joseph
Qui aimais Dieu
Et depuis sa plus tendre enfance
L’as-tu pris dans tes bras ?
Lui as-tu dis : « Maman, je t’aime » ?
Elle avait compris
Ton fardeau,
Ta conscience
Du néant, ténèbres atemporelles
Et de l’infini sans fin, lumière éternelle.

Je te salue.
Enfin adulte,
Savais-tu leur lâcheté ?
Savais-tu leur trahison ?
Savais-tu les mots des maux ?
Ton ami sicaire,
Savais-tu son abime ?
Les mots que tu posais si juste,
Où s’entrevoyaient nos natures
Savais-tu que les potentats n’en voulaient pas ?
Et elle qui t’aimait,
Qui avait fait le chemin avec toi du néant à l’infini,
Elle qui avait réassemblé les apôtres perdus,
L’as-tu pris dans tes bras ?
Lui as-tu dis « Marie je t’aime » ?
Elle avait compris,
L’innocent doit mourir avec l’assassin,
Avec le tueur, avec le sicaire.
As-tu su sa peine et sa douleur ?

Toi, l’enfant de Marie
L’amant de Marie
L’ami de Judas
Le maitre de Pierre, de Jean et des autres
Qui était enfant d’IEL
Son fils,

Je te salue Jésus


Crédit Photographie : Charlotte Cetaire

Cherche ton île

Seules les artistes
écrivaines poétesses et danseuses
peuvent offrir l’espoir du havre de paix

Le havre nous est indispensable,
Elles l’offrent
par leurs mots, par leurs gestes

Les créatrices regardent en face le néant
Et comme nos tricoteuses au crochet
Elles agrandissent le Cosmos créé
Par le fils léger de leur amour


Une créatrice du havre :
Anne Vassivière

A la fenêtre de Juliette, une cigarette fume un poète et cela n’étonne personne puisque nous sommes à La Louisiane, hôtel mythique et bien vivant de Saint-Germain-des Près.

Une île — Anne Vassivière

Thérèse Desqueyroux par François Mauriac

Lire ce livre, ce roman, fut pour moi comme plonger dans le passé inconnu de ma mère. C’est baroque, le roman qui lui succède dans mes lectures est, Notre Dame Des Fleurs de Genet, un roman qui frappe par l’inexistence de la femme (Tintin de Hergé ?) autrement par que par la mère monstrueuse qui abandonne son enfant.

Thérèse Desqueyroux est une femme brillante, lumineuse, d’un charme mystérieux qui se situe hors de la dialectique de la beauté et de la laideur. Cette femme, comme beaucoup de personnes humaines, aurait pu être un phare pour notre humanité. Mais les us et coutumes, les mœurs, les règles, d’avant les années 60 (voir 70 – et la porte n’est pas complétement ouverte même en 2021) vont enfermer cette femme, comme on enferme sans scrupule les femmes dans le roman Un de Baumugnes, Provence de Jean Giono.

Comment peut-on passer à coté de ces romans ? L’écriture de François Mauriac est une merveille, des mots qui se posent sur le plancher du sens comme des plumes sorties d’un édredon agité et percé, et qui révèlent alors toutes les imperfections du sol, du terrain, du milieu. Lisant, je pensais à ce que les années 50 et 60 avaient fait à ma mère. Un homme, mâle, blanc, médecin de son état décide d’abuser d’elle. Elle est enceinte et c’est elle que l’on doit cacher, faire accoucher de mon frère au loin. Elle eut la vie qu’elle eut par la faute des imperfections et les noirceurs révélées par les duvets d’oies de l’édredon secoué se déposant sur nos vies.

Et je découvre Mauriac, j’ai 60 ans (59, mais bon) je vois et je lis bien tard ce qui aurait peut-être pu me donner des clefs pour comprendre la personne humaine, la femme, la mère qu’était ma mère. Bien sur qu’elle s’ennuyait. Bien sur qu’elle était romanesque. Comment en aurait-il pu être autrement ? Elle avait des ailes majestueuses et fortes, cependant la bonne société lui interdisait de voler. Et le patriarcat dominant lui dévorait ses ailes et l’accusait d’agoniser bruyamment.

Merci François Mauriac de m’avoir offert cette clef, à vous lire j’ai plongé dans les avenirs échoués de ma mère. Lire Mauriac aujourd’hui c’est redonné du sens aujourd’hui, là ou il fut détourné.

Et, cher Babelio, je vous parlerais de Giono, conteur de monde paysan d’avant 60, et puis je vous parlerais de ce Genet que je relis 45 ans après.


Postscriptum : Je n’ai pas vu le film avec Audrey Tautou !