Oraison 29 juillet 2020

Armoire toute simple
Une simple porte de bois doré
J’en ouvre celle-ci
Et un cœur battant m’ébloui
Un cœur qui bat
Maintenant
Tabernacle

Tabernacle de l’univers
Tabernacle de la terre
Tabernacle de la forêt
Tabernacle au fond de moi
J’ouvre cette simple porte de bois doré
Et un chœur d’anges chante

dav

Oraison 30 juillet 2020

Briser le lien
Qui nous enchaine
Pour se relier
Par nos chemins
Par l’acte d’Aimer
Par l’acte de se confier
Par le saut
A travers le néant

L’inespérée par Christian Bobin

En cheminant dans ces nouvelles, j’ai rencontré quelques belles images. Comme cette jeune femme, jeune fille de 16 ans enceinte du Christ. Et cette image est envahi par un chœur d’homme, des moines chantant leur amour avec leurs belles voix graves. Mais, tristement, cette belle idée s’effiloche dans une médiation brumeuse et alors je perds l’image.

A la fin comme je referme définitivement le codex, il ne me reste qu’une vague impression d’inabouti. Oh, non, pas que ce soit désagréable mais une impression d’avoir consommé une pensée un peu superficielle, un divertissement intellectuel de faible amplitude, un faux prophète qui écrit de fausses paraboles.
Le jour de ma fin de lecture correspondait à la publication d’un article mathématique qui démontrer que vouloir prouver la non-existence de Dieu est irrationnel.

Étrange journée…

Dialogue avec la gravité par Ushio Amagatsu

J’aime !

La douleur physique ou le corps lui-même ne peuvent être partagés entre plusieurs, mais l’esprit, lui, peut entrer en résonance, « vibrer avec », jeter des ponts. De la même façon que
art et âme résonnent et vibrent autour les mots de cette voyelle a que toutes les langues du monde ont en commun.

Je suis là, en tant qu’individu, parce que j’ai des parents, qui ont eux aussi des parents, et, de proche en proche, j’arrive à cette idée que je suis né après avoir refait, dans le ventre de ma mère, une aventure de plusieurs centaines de millions d’années

Pourquoi j’aime ?

« La Graine de kumquat au fond de moi provoque La danse et son corps. Douceur, précision. Corps et virtualité, le lieu, juste avant la danse..

Immobilité et mouvement, absence ou présence du son, ténèbres et lumière : incessantes variations, perpétuelles oscillations du temps et de l’espace que l’on reçoit dans la frontalité. Entre les deux côtés, entre le regardant et le regardé, quelque chose doit advenir, vers quoi tend le corps dans son dialogue avec la gravité ; et c’est parce qu’il n’affronte là qu’une absence, que le corps est là, comme ce qui rend présent le monde. »

Les danseuses et danseurs rendent présent, présent d’être ici et présent d’être maintenant. La danse dans son essence est relation, elle est le langage du sacré. Et l’étymologie du mot sacré « à initié le mettre ensemble », lier et plus libre encore relier.
Étrange que relier laisse un plus profond sens de liberté que lier. La loi nous lie, le sacré nous relie.

Vous voulez entrer dehors dans l’infini du cosmos ? Lisez ce tout petit livre et allez voir de la danse.

Le Scandale du mal et de la souffrance chez Maurice Zundel par François Rouiller

L’impuissance de Dieu face à l’Homme (selon Zundel, théologien suisse)


Dieu est tout parce qu’il n’a rien.
Dieu n’est pas un possesseur,
Il n’est pas un dominateur.
Il n’entre pas en compétition avec nous
et l’on ne saurait imaginer de concurrence entre sa toute-puissance et notre toute-faiblesse.
Au contraire l’être-amour de Dieu garantit la certitude que ce n’est pas lui qui dispose de nous, mais qu’il nous appartient de disposer de nous-mêmes, parce que nous n’avons rien à craindre de lui.

Dieu Altruisme Subsistant ne peut pas être un regard posé sur l’homme, qui le traquerait et le transformerait en objet à manipuler :
Dieu, qui est tout entier la Liberté du Don, ne peut être que le ferment de la liberté humaine.
Si Dieu a vraiment ce visage de pauvreté – qui s’identifie avec la charité qu’il est – et s’il s’agit selon ce qu’il est, on conçoit que cette pauvreté s’exprime dans ses rapports avec la création et qu’il n’ait prise sur nous et sur toute réalité à travers nous – que par cette saisie désappropriée
qui nous meut par la liberté (ou libération) même qu’elle appelle ou suscite en nous .

On comprend qu’un tel Dieu ne puisse empiéter sur ‘notre domaine’, puisqu’il est incapable de rien posséder.
C’est pourquoi nous pouvons lui échapper sans qu’il puisse nous contraindre puisqu’il ne nous réintroduit dans l’intimité de son amour que par une nouvelle éclosion de notre liberté.
C’est pourquoi il peut éprouver à notre égard, sans aucune altération en lui même, cette compassion maternelle qui n’est que la surabondance de sa générosité, en sombrant en nous pour nous, par ce don gratuit qu’il est et qui s’offre à nous tels que nous sommes, en se conformant à nous pour nous conformer à soi.

Dieu face à l’homme, c’est un dialogue de Liberté à liberté.
Non pas en raison du bon vouloir de Dieu,
qui conserverait alors une toute-puissance dont il accepterait de ne point user, par respect pour l’homme !
Mais un dialogue de libertés en raison de l’être même de ce Dieu Intérieur et Amour :
l’amour appelle la liberté,
il ne peut s’imposer sans se détruire de facto !
C’est pourquoi Zundel écrit :
 »Dieu peut tout ce que peut l’amour, et ne peut rien de ce que ne peut l’amour ».
En d’autres termes :
 »Là où il y a un refus d’amour, l’Amour qui est Dieu ne peut qu’échouer, sans évidemment cesser, pour autant, d’être l’Amour éternellement présent, éternellement offert ».
Ainsi, sous cet aspect,  »Dieu est fragile et désarmé devant le refus que nous pouvons opposer à un dialogue qui exclut radicalement toute contrainte. »

Illustrons ces propos par une analogie que Zundel aime beaucoup.
Dieu, qui est la bonté suprême, ne saurait être moins bon que le meilleur des hommes.
Il est donc Père plus que tous les pères,
comme il est plus Mère que toutes les mères.
Imaginons alors l’amour indéfectible d’une Mère pour un fils débauché qui renierait toutes ses valeurs, jusqu’à être condamné par la justice.
La mère pourrait elle souscrire à ce jugement sans que son cour saigne? »
Comment voulez-vous qu’une mère condamne son fils ?
La mère ira en prison pour lui.
Elle mettra sa tête sur l’échafaud pour lui.
Elle s’offrira plutôt que de livrer son fils.
Est-ce que Dieu aurait moins d’amour qu’une mère ?
C’est impossible ! C’est pourquoi Dieu se livre sur la Croix, Dieu meurt pour ceux-là même qui le crucifient, pour ceux qui refusent obstinément de L’aimer.
C’est ce qu’il fera toujours.
Tel est l’Amour : il ne peut que donner, toujours davantage puisqu’il s’identifie avec le Don, puisque telle est la Vie et l’Etre même de la Trinité.
 »Un amour refusé n’a pas d’autre ressource,
s’il veut maintenir sa fidélité,
que d’aimer toujours plus généreusement dut-il en mourir – l’aimé qui n’aime plus, pour qu’il puisse découvrir, dans un don absolument gratuit,
de nouvelles raisons d’aimer. »

(…) pour Zundel, Dieu accomplit dans son être les plus hautes valeurs humaines, il est le référent, il est la Valeur qui fonde les nôtres.
Ceci n’est donc pas la projection sur Dieu d’une imagerie humaine, mais, à l’inverse, la reconnaissance de sa Présence dans notre réalité.
 »Cette générosité dont l’amour humain se montre parfois capable n’est elle pas un reflet de celle de Dieu ? »

Telle est donc la maternité de Dieu, qui nous dévoile son respect infini pour chacune de nos libertés, face au choix desquelles il ne peut rien d’autres que surabonder d’amour.
Telle est l’humilité divine, qui se soumet en qui se soumet en quelque sorte à ses créatures.
Thomas d’Aquin le pressentit déjà, :
 »Il y a là autre chose qui enflamme l’âme à aimer Dieu :
c’est l’humilité divine.
Dieu tout-puissant, en effet, se soumet à chacun des anges et à chacune des âmes saintes, comme s’il était pour chacun (ou chacune) un esclave qui s’achète et que chacun (ou chacune) fût son Dieu.
Cette humilité résulte de l’abondance de la bonté et de la noblesse divine, comme un arbre ploie sous l’abondance de ses fruits. »

N’est-ce pas exactement ce que Jésus signifie au lavement des pieds, en dévoilant un Dieu serviteur, à genoux devant l’homme comme devant un sanctuaire dont il ne peut forcer la clôture.
C’est pourquoi la Croix renverse définitivement la situation du péché originel :
Dieu  »nous épargne la tentation de nous faire dieux, car c’est lui-même qui veut nous faire dieux . »
Oui, Dieu nous fait dieux, mais ce n’est plus une promotion dans une hiérarchie de puissance, fondée finalement sur l’orgueil :
Dieu nous apprend que le chemin de notre divinisation passe par le dépouillement, l’humilité, l’oblation, parce que c’est au bout de cet itinéraire là que lui même se trouve.

Par conséquent, Dieu n’est pas  »impuissant d’une impuissance mécanique ».
Dieu est impuissant comme l’amour est impuissant devant une liberté qu’il ne peut contraindre sans se détruire lui même.
 »La plus grande puissance du monde c’est justement cela : la sympathie, l’amitié, la bonté, l’amour.
Mais c’est une puissance que n’importe qui peut réduire à l’impuissance. Il suffit de se fermer, de se boucler en soi-même. Il suffit d’opposer le non au oui. »
En d’autres termes, Dieu ne perd rien de sa capacité à transformer les racines de notre être, de tout être.
Mais puisqu’il est  »pur dedans », puisqu’il est ce Dieu Intérieur de saint Augustin, que l’on atteint en soi qu’en se libérant de soi, le changement de notre personne en moi-oblatif implique un consentement où chacun peut, à chaque instant, refuser sa propre création.
C’est là notre grandeur et notre misère d’hommes. »

Quelle que soit la grandeur avec laquelle Dieu s’adresse à nous, c’est toujours à l’intérieur que s’opère la rencontre, là où le bruit peut occulter le silence divin, là où  »notre imperfection peut tenir en échec sa perfection. »


Dieu toujours présent,
toujours offert,
ne peut s’imposer :
il ne peut être que
 »l’action silencieuse de cet amour gratuit et désapproprié qui nous aimante sans nous contraindre. »

Elle est belle

Cancer du sein en sa 77ème année.
Le sien avec sa mère cherchait le lien.
La médecine officine Chimio
La fatigue, la peur, isolement
Du COVID commençant.

Et ses cheveux tombent
Et elle va marcher tous les matins
Et elle veut voir ses filles,
Et elle souhaite sentir ses petit enfants.

Elle les voit
Elle marche deux heures les matins
Elle sourit de nous voir,
Elle est belle ma belle mère.

Elle à 77 ans
Elle a un cancer du sein,
Et je n’avais jamais vu qu’elle était belle,
Ma belle mère.

Vacant en congés 2020

Les vacances ne sont pas déposées,
Elles ne sont pas prises.
Elles sont volées pour être vacant à soi,
Et être disponible à l’autre autre.

Soyez sage à l’Esprit Saint de Sagesse,
Laissez vous emporter par l’inattendu instant.
Que l’improbable guide vos pas.
Et que le miracle s’accomplisse.

1936-2020

Le Christ en Croix

Au cœur de cette nuit, endormi, je t’ai vu.
Couché au sol sur la croix de bois noir et épais.
Deux soldats plantaient des clous à trois faces dans tes poignets.
Un soldat en enfonçait dans des chevilles rassemblées.

J’entendais hurler ta douleur.
C’était moi qui criais.
Je voyais la lumière traversait les nues pour s’engouffrer dans ces plaies.
Beaucoup passer par les chevilles.

Les trois soldats te redressaient
Alors tes plaies restituaient la lumière aveuglante.
Elle inondait le monde
Personne, hormis ta mère et ton amie, ne la voyait.
Les lumières de tes plaies aux chevilles traversaient le temps.

Et d’aujourd’hui je la reçois encore en plein cœur.
Et je vois
Et j’entends,
Les larmes des deux Maries.

Galaxie du dollar d’argent et Covid

Les constellations n’existent pas comme réelle ?
Elles ne sont que représentation de ce qui est vu d’ici ?
Elles ne sont pas objets en relation entre eux ?

Si, et oui, si.
Elles nous disent où sont les galaxies.
Elles nous disent où nous sommes sur notre terre.
Elles nous disent qui était le ciel de nos naissances.
Elles nous diront les ciels de nos morts.
Elles seront nos rêves sans fin.

Et pourtant aujourd’hui et là,
Humains, je vous hais.
En ces moments de COVID,
Je vous hais.
Vous êtes masqués et laids
Sans masque je vous hais d’être vaniteux,
Avec masque je vous hais d’être apeuré.
Je vous hais comme vous vous haïssez,
Car nous ne pouvons plus nous sentir.
L’amour n’est pas dans la vue.
L’amour est dans le nez.

Et comme nous nous haïssons,
Ceux qui reste dans leur tour de pouvoir d’ivoire,
Continuent de jouer avec nos leviers haines et peurs.

Alors je tombe le masque,
Et tant pis pour la frayeur.
Je retrouve l’amour et revoit les constellations.

Elles me disent où sont les galaxies.
Elles me disent où je suis sur terre.
Elles me disent qui était le ciel de ma naissance.
Elles me diront le ciel de ma mort.
Elles seront mon rêve sans fin.