Le Flash de L’herbe bleue pour Christiane F.

L’Herbe bleue,
Moi, Christiane F.,
Flash ou le grand voyage.

Je les ai lus entre 1982 et 1983, à l’orée de mes vingt ans, dans une période où la douleur se mêlait à la découverte. Comme beaucoup, nous croyions vivre la subversion avec panache, alors que nous ne faisions que flirter avec la transgression, en route vers le grand vide.

Contexte politique

John Ehrlichman, ancien conseiller de Nixon, aurait avoué que la guerre contre la drogue visait à affaiblir la gauche et les Noirs. En criminalisant marijuana et héroïne, on pouvait diaboliser, diviser, détruire.
À cette époque, nous ne savions pas encore que pour certains États, mieux valait une jeunesse droguée qu’une jeunesse en révolte. Le film Après la guerre d’Anarita Zambrano le rappelle avec force : une tragédie grecque moderne.

L’illusion

En 1980, la drogue semblait encore un chemin de liberté. On la regardait avec fascination, peur ou envie — jamais avec indifférence. Et voilà que surgissent ces récits, ces témoignages, ces voyages dans l’univers des drogues.

Les trois livres

  • Flash de Charles Duchaussois m’a laissé une impression mitigée : une écriture prétentieuse, une complaisance dangereuse. On y sent le péril de l’héroïne, mais aussi l’attrait du grand frisson.
  • L’Herbe bleue m’a troublé. En tant que garçon, on tombait presque amoureux d’Alice. On voulait la sauver. Ce n’est que plus tard que j’ai appris qu’elle n’existait pas, qu’elle était une invention de Beatrice Sparks.
  • Moi, Christiane F., enfin, m’a confronté à une réalité brute, sans fard. Une plongée dans le malaise, la dureté, le danger. Ce fut le dernier que j’ai lu, juste avant de sortir de cette zone trouble.

À mes yeux, c’est ce dernier qui mérite d’être lu. Pour ce qu’il montre. Pour ce qu’il ne cache pas.

Haïku

Témoignage noir —
la jeunesse cherche l’ombre
en croyant la flamme.

Tanka

Trois voix dans la nuit,
drogue, désir, désespoir —
nous lisions pour fuir.
Mais l’encre ne sauve pas
ceux qui flirtent avec l’abîme.