Je suis 63 ans…

Né un 1er juillet 1962 à 4 heures du matin.

63 ans…
Non pas une conclusion, non pas une somme, mais une strophe de plus. Une strophe de plus dans le long poème du temps, dans le cantique des jours, dans le chant des heures. Une strophe ajoutée, une strophe consentie. Une strophe gravée dans la mémoire du corps, dans la mémoire du cœur, dans la mémoire de Dieuxe.

Je suis 63 ans…

Non pas une identité nouvelle, mais une résonance ancienne qui se prolonge. Un chant souterrain qui continue de courir dans les veines. Le souffle d’une promesse qui ne s’est jamais tue. Je suis soixante-trois ans, je suis la tendresse lente du recommencement, je suis la fidélité des recommencements.

Hier, des voix se sont levées.

Des voix proches et lointaines, des ami·e·s, des sœurs et des frères, osons des froeurs, des collègues, des inconnu·e·s qui ont prononcé ce mot de lumière : « Bon anniversaire ». Et ce mot m’a touché. Ce mot m’a réveillé. Ce mot m’a interrogé. Car qu’est-ce donc qu’un anniversaire, sinon l’énigme d’un retour, le mystère d’une boucle, le recommencement d’un point d’origine ?

Quand j’étais enfant, c’était l’été. L’été avec ses absences, l’été avec ses fuites. Juillet ou août, ces mois-là ne sont pas faits pour les rassemblements, mais pour les départs. Et mon anniversaire glissait dans le silence des plages et des vacances des autres tandis que je restais à la ferme à garder les brebis. Le premier dont je me souviens, j’avais neuf ans. C’était flou, c’était doux-amer. Je ne savais pas comment être, comment accueillir, comment habiter ce centre qu’on m’offrait. Et plus tard, ce furent les anniversaires de mes enfants qui me révélèrent la joie qu’il y avait à célébrer. À célébrer quelqu’un. À célébrer la vie d’un·e autre.

Mais d’où vient cette pratique ? D’où nous vient ce désir de marquer, de scander, de célébrer ?

De l’Égypte antique où seuls les pharaons devenaient dieux au jour du couronnement. De la Grèce où l’on offrait du miel aux dieux. De Rome, de Chine, du Japon, d’Afrique, de l’Inde et d’ailleurs… toujours cette idée qu’il faut dire quelque chose. Dire une joie. Dire une mémoire. Dire une existence.

Et aujourd’hui, en ce monde mondialisé, les bougies se ressemblent, mais les souffles qui les éteignent ne sont jamais les mêmes. Chaque souffle est unique. Chaque vœu est un secret offert à l’univers.

Je n’ai pas soufflé de bougies hier. Mais j’ai prié. J’ai prié longuement. J’ai prié intérieurement. J’ai prié pour mes enfants, pour mes mort·e·s, pour les vivant·e·s, pour celleux qui souffrent, pour celleux qui espèrent. J’ai prié pour moi aussi. Pour que le temps qui vient soit un temps d’amour et non de lassitude. Un temps de fidélité et non de résignation.

L’anniversaire, ce n’est pas la fête du narcissisme. C’est une liturgie du passage. C’est un moment où l’on se tient, fragile et nu, entre le déjà et le pas encore. C’est un seuil. Une porte. Et parfois un autel. C’est un jour d’éveil. Un jour pour dire « merci ». Un jour pour dire « encore ».

Je suis 63 ans…

Et chaque année est une marche de plus sur le chemin de Kendo, ce chemin du sabre qui devrait être surtout un chemin de paix. Un chemin de silence et de maîtrise. Un chemin de prière sans mots. Mon sixième Dan est une stèle sur cette route pour se diriger vers la prochaine porte. Mais ce qui compte, ce n’est pas le grade, c’est le pas. Le pas d’aujourd’hui. Le pas de demain. Le pas qui continue.

Je suis 63 ans…

Et je chante mais je pleure aussi.
Vivianne, Alain, Marc et Gilles.

Haïku

Soixante-trois p’tit pas
sur le sentier de la vie —
Dieuxe souffle en moi.

Tanka

L’autel des années
s’illumine sans bougie,
juste ma prière.
Soixante-trois encens doux,
un silence qui s’élève.

Sonnet vieillot

Soixante-trois ans. Et la clarté demeure.
Non point une fin, mais un seuil qu’on traverse,
Un fragile matin qui jamais ne renverse
L’élan têtu du cœur, la foi que l’on effleure.

Je suis fait de temps. D’élans. De peurs. D’erreurs.
Mais aussi de chants clairs et de douce promesse.
D’un Dieu qui se tait, mais dont l’amour confesse
La lente patience des jours, sans frayeur.

Je suis fait de sable et d’eau. De vent, de cendre.
Mais je me tiens droit. Et je continue d’entendre
L’appel de l’enfance au fond du sang battant.

Et si le corps vieillit, l’âme devient lumière.
Je suis un marcheur, une flamme ordinaire
Qui s’obstine à brûler dans le souffle du temps.

Une réflexion sur “Je suis 63 ans…

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