LA NOMINATION

Dialogue en trois actes sur l’illégitimité de François Bayrou comme Premier ministre

avec Alexandre, Zakaria, Joséphine et Marie

ACTE I — L’usurpation tranquille

Une salle nue, une table.
Quatre chaises mais personne ne s’assied.
Ils tournent autour. Ils parlent.

Alexandre

— François Bayrou ? Le Juste qui trahit ?
Voici l’homme de l’équilibre, de la demi-lumière, de la modération comme vertu suprême.
Mais que vaut l’équilibre quand le peuple chancelle ?
Que vaut la prudence quand la misère s’enflamme ?
Qu’est-ce qu’un Premier ministre sans légitimité ?
Un gouverneur sans république.
Un préfet de l’ombre.
Un usurpateur des urnes.

— J’ai vu tomber des trônes plus solides.
Le silence du peuple est une marée sourde.
Elle vient. Elle prend. Elle emporte.
Et Bayrou — modéré jusqu’au néant — n’aura laissé que la trace pâle d’un homme qui voulut gouverner sans mandat.
Et cela, en République, est une profanation.

Zakaria

— C’est un peu triste, mais pas surprenant.
Bayrou, c’est le retour du refoulé.
Il est là comme une vieille moquette beige qu’on n’a jamais remplacée.
Il rassure les gens qui n’attendent plus rien.
Ce n’est pas qu’il soit illégitime.
C’est que plus personne ne croit à la légitimité.

— La démocratie, aujourd’hui, c’est un mécanisme.
Le peuple vote. Le pouvoir choisit.
Puis le peuple oublie.
On peut parler d’illégitimité si l’on croit encore aux mots.
Moi, je crois qu’on en est au-delà.
Bayrou est à sa place : au bord du vide. Comme tout le monde.

Joséphine

— Ah ben ça alors ! Il est revenu, l’aut’ François !
Toujours le même pif, le même ton, le mec qui cause doucement pour mieux t’entailler dans le dos !
Premier ministre ? Tu parles ! Ministre de rien du tout, ouais !
Ils l’ont foutu là parce qu’il fait pas trop de vagues, parce qu’il sent la naphtaline et le vin de messe, parce qu’il est aussi dangereux qu’un dictionnaire.

— LÉGITIME ? Et quoi encore ?
Y’a plus d’élections, y’a des pantomimes !
C’est pas un pays, c’est une salle d’attente.
Bayrou, il est là pour boucher le trou, pas pour gouverner.
Mais on l’a vu, moi j’vous dis, on l’a vu. Et ça va péter.

Marie

— Je l’ai vu à la télévision.
Il parlait lentement. Comme un homme… qui n’était pas sûr d’être là.
Il disait : responsabilité.
Il disait : stabilité.
Il ne disait rien. Il était l’absence.

— C’est un Premier ministre d’après l’histoire.
D’après l’amour.
D’après les foules.
Il ne dirige rien.
Il occupe une place.
Et cette place… elle ne lui revient pas.
Mais le pays ne sait plus se défendre.

Ils murmurent à tour de rôle :

Il ne lui revient pas. (Alexandre)
Il ne lui revient pas. (Zakaria)
Il ne lui revient pas. (Joséphine)
Il ne lui revient pas. (Marie)

Noir.

ACTE II — La colère des peuples

La table est renversée.
Les voix grondent au loin.
Les quatre ne se regardent pas.

Alexandre

— Le peuple n’est pas un troupeau.
Il a une mémoire. Une colère. Une âme !
Il se lève quand on l’écrase. Il parle quand on le trahit.
Et ce pouvoir, qui se donne Bayrou comme masque de vertu, ce pouvoir ignore que la dignité populaire ne se négocie pas.

— Ce n’est pas Bayrou que j’accuse.
C’est la mécanique qui l’a enfanté.
C’est cette République qui oublie le nom du peuple pour parler de stabilité.
Or la stabilité, sans justice, c’est le marbre des tombeaux.

Zakaria

— Vous parlez du peuple comme d’un cœur battant.
Je le vois plutôt comme un organisme épuisé.
Oui, il est en colère.
Mais il ne sait plus où. Ni contre qui. Ni pourquoi.

— Bayrou ne sauvera rien. Mais les autres non plus.
Il est l’homme du rien, et ça correspond assez bien à l’époque.
Je ne crois pas à la révolution.
Je crois au dégoût lent. À la dérive tranquille.
Le peuple est dans sa chambre. Devant un écran.

Joséphine

— Il va la foutre en l’air, votre chambre !
Le peuple, il a le ventre vide, les dents qui grincent !
Il va venir vous chercher dans les palais et les ministères !
Bayrou ou un autre, c’est du poison tiède !

— Ce peuple, je l’ai vu saigner, chier, crever.
Et maintenant, il parle plus. Il compte. Il attend.
Mais il va pas supplier. Il va cracher, vomir, brûler.
Et Bayrou sera le premier à fondre.

Marie

— J’ai vu des gens dans la rue.
Ils ne criaient pas.
Ils attendaient.
Ils avaient les mains vides, mais… il y avait quelque chose d’immense.
Quelque chose qui montait du dedans, comme une mer lente.

— Il n’y aura pas d’explosion.
Il y aura une absence.
Un vide qui s’ouvre.
Une disparition soudaine du consentement.
Et Bayrou… ne comprendra pas.

Ils concluent :

La colère ne crie plus, elle s’avance. (Alexandre)
C’est trop tard pour croire encore. Trop tôt pour renoncer. (Zakaria)
Ils vont leur faire payer. Tous. Et ça va saigner. (Joséphine)
La France s’efface… Et le silence grandit. (Marie)

Noir.

ACTE III – L’Adieu ou le Jugement

La scène est vide.
Halos de lumière.
Les voix sont fantomatiques.

Alexandre

— Le peuple ne descend plus. Il ne renverse plus.
Il souffre doucement. Il consent.
Et c’est là le drame :
Non pas la tyrannie, mais l’oubli.

— Si Bayrou règne, ce n’est pas qu’il ait pris.
C’est que nous avons laissé.
Et cela aussi, c’est une faute.

Zakaria

— Ce pays est mort d’une fatigue morale.
Bayrou est le symptôme, pas la cause.
Il est ce que devient un pays qui ne veut plus choisir.
Qui préfère l’anesthésie à l’explosion.

— Un jour, on dira :
« Il était là, Bayrou.
Il n’a rien fait.
Et personne ne l’a empêché. »
Et ce sera le dernier mot.

Joséphine

— Alors c’est comme ça que ça finit ?
Sans fusil, sans pierre ?
Une fin de vieux monde avec des phrases propres ?

— Bayrou, Premier ministre ! Monde de merde !
Ils paieront. Pas tout de suite. Pas proprement.
Mais la merde remonte toujours à la surface.
Ça va refouler. Un jour. Sans prévenir.

Marie

— C’est fini.
Le pouvoir… c’est une chaise vide maintenant.
Bayrou s’y est assis. Il ne s’est pas levé.
Il n’a pas dit « je vous aime ».
Il n’a pas dit « je vous écoute ».
Il a dit « je suis là ». Et rien n’a changé.

— Il n’y aura pas de jugement.
Juste un oubli. Une disparition. Une absence.
Et Bayrou s’éteindra, comme un lampadaire sans veilleur.

Un pas. Une silhouette monte.
Une voix dit, d’un autre lieu :

« Nous ne sommes pas morts. »

Ils répondent :

Nous ne sommes pas morts. (Alexandre)
Pas encore. (Zakaria)
Mais on crève à petit feu. (Joséphine)
Et personne ne voit. (Marie)

FIN

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