Je n’aime pas l’usage constant du mot fierté. Je lui préfère, de loin, le verbe aimer.
Commençons par regarder ce que signifie réellement “être fier”. Être fier de soi, de quelqu’un ou de quelque chose dont on est la source, c’est ressentir une vive satisfaction, un contentement qui touche à l’amour-propre. Et parfois, cette fierté glisse vers l’orgueil voir même la vanité : on peut être fier de ses enfants, de ses réussites, de ses richesses, de son origine, fier d’avoir réussi, tout simplement.
Mais lorsque l’on observe ses synonymes, quelque chose se trouble :
arrogant, conquérant, dédaigneux, distant, faraud, hautain, infatué, méprisant, orgueilleux, prétentieux, suffisant, vaniteux.
Soudain, la fierté semble porter une ombre. Comme si, d’un rien, elle pouvait basculer du lumineux vers l’orgueilleux.
Alors je préfère parler d’amour.
Je comprends que l’on puisse aimer quelque chose. Mais le mot fierté me paraît aujourd’hui tellement à la mode qu’il dévoile surtout l’ego, l’individualisme et le narcissisme de notre époque. On l’agite comme un étendard, un signe identitaire, presque un slogan… et cela me rend méfiant. Un selfie avec des mots.
L’amour, lui, me paraît plus juste.
Dans beaucoup de traditions spirituelles, lorsqu’elles ne sont pas dévoyées par le pouvoir ou l’emprise, l’amour est au cœur du message : amour du prochain, amour de la Terre, amour du Créateur, amour du vivant. C’est là que réside notre véritable richesse commune : dans ce qui relie plutôt que ce qui sépare, dans ce qui élève plutôt que ce qui flatte.
La fierté me distingue des autres.
L’amour, lui, me relie à eux.
Haïku
Fierté qui sépare,
un souffle d’amour relie
les êtres en silence.
Tanka
La fierté s’élève,
ombre sur le cœur humain.
Mais l’amour éclaire,
ouvrant des chemins plus doux
où chacun rejoint l’autre.
Psaume
Aimer, source discrète et profonde,
toi qui n’exiges rien et donnes tout,
toi qui relèves sans juger
et qui unis sans dominer.
Aimer, souffle premier,
tu dénoues l’orgueil
comme l’aube dissipe la nuit.
Tu fais de chacun un frère,
de chaque pas un accord.
Béni sois-tu, Aimer,
force humble qui rend le monde habitable,
flamme douce qui éclaire sans brûler.
Que nos voix te célèbrent,
car tu ne sépares pas :
tu relies, tu ouvres, tu élèves.
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