La pompe et la source

Jusqu’à mes dix ans, j’ai grandi dans une maison blottie derrière l’église. À l’arrière de celle-ci, une pompe à eau puisait dans une source discrète, glissant sous ses fondations. Tout semblait ancien : la petite place sablonneuse, la pompe, la source. Nous traversions souvent cette place pour remplir nos seaux d’eau fraîche, bénie par son passage sous l’église. Enfant, je jouais autour de cette pompe, courant, riant, insouciant. Un jour, mon frère, en tombant sur le crochet du seau, s’est ouvert l’arcade sourcilière.

Aujourd’hui, je pense à cette pompe et à cette source disparues, détruites pour raccourcir l’église de mon village natal. Elles me reviennent en mémoire tandis que je lis Tolkien, mêlant en moi Abbahimma et le Dieu créateur du Seigneur des Anneaux. J’imagine Dieu comme un arbre celtique d’amour infini, dont le bois compose une partition vibrant de la musique céleste de la création. Sur un papyrus sans fin s’étend cette partition cosmique, aussi vaste que l’univers, où chaque note, inscrite dans le tempo, résonne comme une vibration divine.

Je nous vois, humains et créatures, comme des fragments flottants de cette symphonie. Nous sommes flous, parfois accordés sur les mêmes notes, parfois en intersection. Certaines ne sont que des taches, des fausses notes du diviseur, mais par nos actions, nous pouvons faire entendre la musique véritable : celle qui ne parle que de ce qui nous relie, l’amour.

Et cette petite pompe, cette source qui traversait l’église, demeure inscrite dans la partition de l’univers.

Et c’est avec ces pensées, peut-être pas entièrement miennes, partagées avec d’autres, plantes, bêtes et humains, que je reprends mes deux univers de jeu de rôle : Ichthus et Eoim.

Haïku

Sous l’église dort
la source aux chants invisibles,
l’amour en écho.

Tanka

Pompe disparue,
la source sous les pierres
chante en silence.
Dans la partition vaste,
nos notes cherchent l’amour.

Trois autres haïkus

Papyrus sans fin,
notes flottant dans l’espace,
musique divine.

Arbre éternel,
ses branches sont des accords,
vibrant d’infini.

Sous le sable doux,
la mémoire d’une eau claire,
trace l’univers.

Nous ne sommes que des dessins d’enfants sur la partition divine

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