Le poêle et la poêle de ma grand-mère

Je pratique le jeu de rôle, le kendo et l’oraison carmélite avec ce que je suis, avec ce que je porte de mon histoire. Je viens d’un petit village auvergnat, façonné par des vertus, des vices et parfois des cruautés. Mon père était paysan, un paysan à l’ancienne : polyculture, brebis pour la laine, et ses rosiers qu’il soignait avec amitié.

Mon grand-père, lui, avait une personnalité forte. Soldat en 14-18, résistant dès juillet 1941. Mon père avait vingt ans cette année-là. Il dut se plier, en ces temps sombres, à la volonté paternelle. Ma grand-mère, Marie, priait. Certains du village haïssaient mon grand-père et quelques autres, car leur engagement mettait le village en danger face aux représailles nazies.

J’ai connu mon grand-père, mais ce dont je me souviens surtout, c’est ma grand-mère. Je la revois, debout devant son vieux poêle en fonte, la poêle en acier noircie par les ans. Elle y faisait rissoler des pommes de terre, et l’odeur emplissait la maison. Cette poêle, jamais lavée, toujours essuyée au papier journal, portait la mémoire des repas partagés avec elle. Elle est décédée en 1975. J’avais treize ans. Après sa mort, mes deux tantes se sont partagé en autre, la poêle et le poêle, objets vieux de plus de cinquante ans, encore solides, encore utiles.

Qu’est-ce que cela dit de leur époque ? De la résistance des choses, des ustensiles, des meubles presque immobiles ? Voilà d’où je viens. Et dans mes scénarios de jeu de rôle, dans mon oraison, même dans mon kendo, il y a toujours ma grand-mère, debout devant son poêle, cuisinant des pommes de terre dans sa poêle noire.

Haïku

Vieille poêle noire
odeur de pommes de terre
l’hiver s’attarde.

Tanka

Devant le poêle
elle tourne la poêle noire
odeur de feu doux
dans mes jeux et mes prières
je sens encore ses mains.

Trois autres haïkus

Poêle en acier gris
journal froissé pour l’essuyer
souvenir brûlant.

Fonte immobile
deux tantes se la partagent
comme un héritage.

Sous la flamme lente
résiste un siècle d’usage
et l’amour des mains.

Une réflexion sur “Le poêle et la poêle de ma grand-mère

  1. Moi ce sont ses grosses tartines sur du pain de campagne de sa crème fraîche avec du sucre. J en ai encore le goût dans la bouche.✨❤️✨🌾🌾🌾

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