Arcane XIII : La Transformation

Iels sont partis.

Pas dans la lumière, ni dans l’épopée glorieuse, mais dans le réel. Des valises, des draps froissés, une assiette oubliée, la chambre vide avec l’odeur d’un shampoing d’enfant devenu adulte. Iels sont partis c’est la fin des vacances, et je reste là, dans la maison encore tiède de leurs cris, de leurs corps marchant sous le soleil et la pluie, de leurs pas pressés vers les horizons.

Ils sont partis, et ce départ est une mort. Pas celle qui ferme les yeux, mais celle qui ouvre une blessure, et une joie de les revoir. Une transformation. La lame XIII. Pas la Mort, non. La Transformation. Elleux, iels renaissent ailleurs, loin de moi. Et moi je meurs de vie ici, dans cette maison qu’ils ont quittée.

Et c’est moi qu’iels transforment.

Je reste, non pas comme un martyr — mais comme une forme qu’iels ont quittée et qui doit se transformer. Je suis la peau qu’iels ont laissée sur le seuil, le vieux fantôme du père, du guide, de la voix qu’iels n’écoutent plus vraiment, ou à laquelle iels reviendront, peut-être, un soir.

Qu’iels partent. Qu’iels changent. Qu’iels brûlent leur passé et s’ouvrent au tumulte. Qu’iels détestent et qu’iels aiment. Qu’iels pleurent, et surtout, qu’iels se trompent. Qu’iels trahissent un peu, c’est bon signe. La fidélité est pour les cadavres.

Et moi, je les regarde partir comme on regarde la dernière fois des personnes aimé aussi dans les maisons de notre région auvergnate.

Pas de mots. Pas d’épitaphe. Maintenant l’heure est à la transformation.

Rubaiyat

Ils sont partis, ces enfants-fleurs de la nuit,
Laissant au seuil leurs voix, leurs peurs, leur bruit.
Et moi, je reste, cendre, sourire en ruine —
L’ombre d’un feu qu’ils portent dans leur fruit.

Ghazal

Mes amours s’en vont avec retour, je me rends.
Dans sa mue de silence, je me rends.

Ils ont laissé leur bol, leur tasse, leur rire,
Et moi, nu sur la table, je me rends.

Plus d’odeur de drap frais, plus de trace,
Qu’un soupir dans le mur : je me rends.

Je n’étais pas leur Dieu, ni leur refuge,
Juste la porte d’entrée de la vie. Je me rends.

Toi, vieux parent d’amour, laisse-les partir —
Dans le feu de leur vie, je me rends.

Haïku

Chambre dépeuplée —
Le sable garde les pas
Les enfants partis.

Une réflexion sur “Arcane XIII : La Transformation

Laisser un commentaire