Louise Weber dite La Goulue

Louise WEBER dite LA GOULUE
Une insoumise à la Belle Époque
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Je : Alors, dis-moi, que faisions-nous là, dans cette cave parisienne ? Était-ce une nuit ordinaire ou bien un retour au ventre de la Commune, là où tout se joue entre l’ombre et la lumière ? Louise Weber, qu’ils appellent « la Goulue », n’était pas qu’une danseuse ; elle était une étoile filante qui brisait les chaînes de la moralité bourgeoise, une femme qui criait liberté au milieu des ruelles crasseuses de Montmartre.

Moi : Oui, elle dansait comme on livre bataille. Mais ce qui m’a frappé, c’est ce recul de Delphine Gustau, cette manière de déplier la vie de Louise à rebours, comme on démêle un fil noué dans l’histoire. La liberté, tu le sais, c’est un mot qu’on balance aujourd’hui à la légère, comme une promesse sans fond. Mais là, dans cette cave où les murs en pierre semblaient écouter avec nous, j’ai vu ce mot retrouver toute sa chair, toute sa souffrance, et toute sa splendeur.

Je : Une splendeur ? Oui, et un pied de nez, ou, un bras d’honneur des gambettes à tout ce que ces politicards d’aujourd’hui ont massacré. Liberté ? Ils en ont fait un slogan creux pour vendre leurs lois iniques, leurs fausses émancipations. Mais Louise, elle, elle nous rappelle ce que c’est qu’assumer ses choix, comme toi, tu le dis souvent : c’est faire face au monde, même quand il vous conspue. Et cette Delphine Grandsart… quelle audace dans le jeu ! Elle n’a pas seulement joué Louise Weber, elle l’a ressuscitée. Une voix, un corps, un souffle. Elle ne jouait pas : elle était.

Moi : Oui, elle était cette lumière au milieu des ténèbres. Je voyais aussi, dans ce Montmartre que la pièce évoque, l’ombre des miens, cet arrière-grand-père communard dont les rêves de liberté dansaient entre les barricades. Lui aussi, comme Louise, croyait à une autre fraternité. Mais vois-tu, ce qui me touche dans ces femmes comme la Goulue, c’est qu’elles éclairent aussi les hommes. Dans un monde rugueux, elles portent des vies que nous avons trop souvent brisées. Elles leur redonnent forme. Ces femmes cherchent la lumière pour elles, mais elles finissent toujours par illuminer les autres.

Je : Elles illuminent, oui, mais à quel prix ? Ce monde dur qu’elles traversent, cette liberté qu’elles embrassent… cela les brûle. Mais ce feu-là est sacré. Il ne s’éteint pas. Et Gustau, dans ses mots, et Grandsart, dans sa chair, m’ont rappelé que ce feu est toujours là, prêt à jaillir à nouveau. Si seulement ces murs de pierre pouvaient parler, ils diraient combien cette nuit-là nous a fait renaître.

Moi : Tu parles de feu, et je pense à ce bagout, ce plaisir de vivre que Delphine Grandsart a incarné. Louise Weber, c’était ça : une femme qui assumait tout, le plaisir, la chute, la douleur. En remontant le fil de sa vie, la pièce nous montre que la liberté, c’est d’abord se connaître soi-même, s’aimer même quand le monde ne vous pardonne pas. Et toi, toi qui haïs la bourgeoisie, tu dois admettre que ce spectacle a détruit, pour un instant, toutes ces barrières artificielles qu’elle nous impose.

Je : Tu as raison. Pour une fois, ces murs en pierre m’ont paru plus humains que les rues goudronnées où nos pas d’ombres nous ramènent. Louise, par cette pièce, par ce jeu, m’a rappelé que le combat continue, que même un souffle, une danse, une voix peuvent renverser l’ordre des choses.

Moi : Tu te rends compte, cette chanson de Montéhus qu’elle nous a balancée comme un éclat de verre de bouteille vide ? « La Butte Rouge »*, personne n’a suivi, personne n’a chanté, sauf nous deux, intérieurement. Ça m’a tordu les tripes. Mon grand-père la fredonnait parfois, à voix basse. Lui, le survivant de 14-18, un éclopé de la joie qui portait son horreur en silence sans jamais en parler. Cette chanson, c’était sa manière de pleurer sans le montrer. Et là, dans cette cave, elle m’est revenue d’un coup.

Je : Je l’ai chantée aussi, pas par héritage, mais parce qu’elle est là, tatouée dans ma mémoire comme une cicatrice qu’on refuse de refermer. Tu vois, Montéhus, c’est pas juste une chanson. C’est une gifle pour ceux qui n’écoutent pas, une claque pour ceux qui ont oublié. « La Butte Rouge », ce n’est pas que la boue et le sang des soldats, c’est la révolte contre les salauds qui les y ont envoyés. Et là, en 2024, que reste-t-il de tout ça ? Un écho dans une cave, un type de 62 ballets qui chante intérieurement, et à deux voix intérieures, et à contretemps évidement.

Moi : Et pourtant, quelle puissance. Elle nous l’a jetée à la gueule, cette chanson, comme un dernier cri de Louise Weber elle-même, cette femme qui a vu la chair se vendre et les hommes se briser. Mais personne ne l’a suivie. Silence, comme si les murs eux-mêmes n’osaient plus résonner.

Je : Parce qu’ils ne savent plus. Ils ne connaissent plus Montéhus, ni ses chansons, ni ses combats. Et peut-être qu’ils ne veulent pas savoir. « La Butte Rouge », ça fait mal. Ça rappelle que nos ancêtres ne sont pas morts pour ces conneries de Macron et de ses petits soldats de la finance. Ça rappelle que les guerres ne se gagnent pas avec des médailles, mais avec des mots qui brûlent. Et Montéhus, il brûle encore.

Moi : Il brûle, oui. Et moi, en chantant intérieurement, je pensais à mon grand-père, à sa vie retournée, à ses nuits sans sommeil. Il aurait été fier que je chante, même si ce monde ne l’écoute plus.

Je : À toutes les Buttes Rouges, de Gaza à l’Ukraine, qu’on n’a jamais chantées. Aux silences qu’on étouffe, aux noms qu’on efface. Je pensais à Louise, à Montmartre, à ce monde que la bourgeoisie a enterré sous des strates d’oubli. Mais tu sais quoi ? Ce soir, avec cette chanson, on a déterré un morceau de vérité. Même à deux voix intérieures, c’était suffisant.

Moi : Oui, suffisant pour rappeler que certaines mémoires ne meurent jamais.

Rubaiyat

Sous la pierre nue, la Goulue a dansé,
Dans l’ombre des âges, son feu s’est lancé.
Ni temps ni ruine n’éteignent la lumière,
Elle brûle encore, dans les cœurs entassés.

Ghazal

Dans la cave de Montmartre, un écho renaît,
De Louise Weber, chaque geste nous parlait.

Liberté, ton nom jaillit d’un cri étouffé,
Dans la pierre et le feu, l’histoire nous hantait.

L’âme de la Commune, à travers elle, vibrait,
Chaque mot, chaque pas, un drapeau qu’elle levait.

Sous la voix de Grandsart, la lumière dansait,
Dans l’ombre des pierres, la mémoire flamboyait.

* LA BUTTE ROUGE

Sur c’te butt’-là y’avait pas d’gigolettes,
Pas de marlous, ni de beaux muscadins ;
Ah ! c’était loin du Moulin d’la galette
Et de Panam’, qu’est le roi des pat’lins.
C’qu’ell’ en a bu, du beau sang, cette terre !
Sang d’ouvriers et sang de paysans,
Car les bandits qui sont cause des guerres,
N’en meur’nt jamais, on n’tue qu’les innocents !

REFRAIN

La Butt’ Roug’ c’est son nom, l’baptêm’ s’fit un matin
Où tous ceux qui montaient roulaient dans le ravin…
Aujourd’hui y’a des vign’s, il y pouss’ du raisin
Qui boira ce vin-là, boira l’sang des copains !

  1. Sur c’te butt’-là on n’y f’sait pas la noce
    Comme à Montmartre où l’champagn’ coule à flots ;
    Mais les pauvr’s gars qu’avaient laissé des gosses
    Y f’saient entendr’ de terribles sanglots !
    C’quell’ en a bu des larmes, cette terre,
    Larm’s d’ouvriers, larmes de paysans,
    Car les bandits qui sont cause des guerres
    Ne pleur’nt jamais, car ce sont des tyrans !

REFRAIN

La Butt’ Roug’ c’est son nom, l’baptêm’ s’fit un matin
Où tous ceux qui grimpaient roulaient dans le ravin…
Aujourd’hui y’a des vign’s, il y pouss’ du raisin,
Qui boit de ce vin-là boit les larm’s des copains !

  1. Sur c’te butt’-là on y r’fait des vendanges,
    On y entend des cris et des chansons ;
    Filles et gars doucement y échangent
    Des mots d’amour qui donnent le frisson.
    Peuv’nt-ils songer, dans leurs folles étreintes,
    Qu’à cet endroit, où s’échang’nt leurs baisers,
    J’ai entendu, la nuit, monter des plaintes
    Et j’y ai vu des gars au crân’ brisé !

REFRAIN

La Butt’ Roug’ c’est son nom, l’baptêm’ s’fit un matin
Où tous ceux qui grimpaient roulaient dans le ravin…
Maintenant y’a des vign’s, il y pouss’ du raisin
Mais, moi, j’y vois des croix portant l’nom des copains !