Lordon de juillet

Relire le Texte de Lordon dans le monde diplomatique.

Je résume juste un peu

On n’imagine pas combien la destruction d’une société peut être rapide sitôt qu’elle tombe aux mains d’une clique mêlant pervers et imbéciles. Logiquement, la destruction, d’abord visible dans la sphère matérielle, avec l’explosion de la pauvreté et la démolition des services publics, finit par atteindre les institutions politiques. Le corps social, exprimant électoralement son refus, engendre une configuration parlementaire qui précipite le régime dans l’erreur.

Épiphénomène d’une crise d’abord matérielle, la crise politique cristallise toutes les contradictions au point où elles ne peuvent plus être accommodées. La crise devient totale lorsque plus aucune institution ne peut apaiser les tensions économiques et sociales : ni la médiation politique, ni la médiation médiatique, ni la médiation syndicale ne peuvent réguler la vie collective. Une énergie politique enragée, sans solution institutionnelle, trouvera nécessairement une expression alternative, logiquement hors institutions. Trop de forces concourent à une explosion imminente, bien que l’on ignore où, quand, et comment.

La sphère politique-institutionnelle, lieu d’enregistrement des tensions sociales, est en faillite spectaculaire. Depuis la séquence du « non-TCE » transformé en « oui-Traité de Lisbonne » de 2005-2008, cette médiation a cessé de fonctionner. Sous le gouvernement des brutes, les tensions ont atteint des niveaux sans précédent, et nous avons connu le règne des sourires imbéciles et de la perversion agressive. Au sommet des institutions autocratiques, un type spécial, emporté par ses nécessités psychiques, ne répond plus de rien à personne, envisageant sans sourciller de laisser en place un gouvernement défait.

Macron et le macronisme se rendent coupables de destructions invisibles, essentielles au bon fonctionnement des institutions : destruction des principes non-écrits qui gouvernent les comportements, destruction de toute moralité politique. La législative de 2024, un vol pur et simple, confirme cette déchéance. Les effets de cette ruine seront visibles et profonds.

Les médias, au lieu de médiatiser le débat public, servent les seuls intérêts de la bourgeoisie au pouvoir. Cette dystopie médiatique, caractérisée par la manipulation, la diffamation et le mensonge grossier, montre qu’aucune vie démocratique ne peut plus passer par eux. L’Arcom, régulateur collaborateur de la fascisation, encourage cette décadence. Elle refuse la candidature d’un média de gauche et favorise un canal islamophobe supplémentaire. Cette faillite institutionnelle ultime, qui devrait être un recours, est un désastre.

Les syndicats, normalement médiateurs par la manifestation et la grève, sont devenus si institutionnalisés qu’ils en ont perdu leur combativité. La CGT, sous Sophie Binet, fait des avancées timides, recommandant de voter pour le NFP. Mais l’apprentissage politique est lent et la direction confédérale est en vacances alors que la crise bat son plein.

Quand toutes les institutions sont en faillite, le mouvement de masse reste la seule force régulatrice. Mais le syndicalisme institutionnel, devenu ordinaire, n’a plus cette capacité. La crise est totale quand il n’y a plus aucun recours. Les gilets jaunes avaient compris ce débordement nécessaire de l’ordre institutionnel, leur mouvement en 2018 était une répétition générale. Cinq ans plus tard, le macronisme sombre définitivement dans la violence policière.

La crise politique en cours, alimentée par le déni des urnes, ne se dissipera pas. L’énergie colérique se transformera et trouvera des formes d’expression alternatives. La direction devrait venir du travail, des bastions de combativité encore existants, posant les questions fondamentales du contrôle ouvrier et de la souveraineté des producteurs.

De là, le débordement trouvera ses bonnes coordonnées, renversant les aliénations électorales et médiatiques, garantissant que quand le pays se lève, c’est pour partir à gauche vers les champs.

Haïku

Société s’effondre,
Pervers et imbéciles règnent,
Espoirs renaissent.

Tanka

Crise de notre temps,
Institutions en lambeaux,
Peuple en colère,
Cherche une voie nouvelle,
Pour renverser le destin.

Vers posés

Dans l’ombre des monts,
Où la terre murmure encore,
Les institutions tombent en ruine,
Sous le poids des âmes perdues.

Le pouvoir aux mains des insensés,
Brisant les espoirs des humbles,
Lève des foules en colère,
Cherchant une lumière dans la nuit.

Les médias trahissent,
Les syndicats s’égarent,
Mais la flamme de la révolte,
Ne s’éteindra jamais.

Dans le silence des champs,
Là où la nature veille,
La force du peuple se prépare,
À renaître de ses cendres,
Pour bâtir un monde nouveau.