Conception Maguy Marin
Pièce en étroite collaboration avec 7 interprètes, auteur.es des textes Kostia Chaix, Kaïs Chouibi, Chandra Grangean, Lisa Martinez, Alaïs Marzouvanlian, Lise Messina, Rolando Rocha
Lumières Alexandre Béneteaud
Régie plateau Albin Chavignon
Bande son / vidéo Victor Pontonnier
Recherche documentaire Paul Pedebidau
Costumes Pierre-Yves Loup-Forest
durée 1h40
Dans le creuset des mots, là où le sens se forme et se déforme, « chorégraphie » émerge tel un phénix de ses cendres, portant en son sein l’essence même de la danse et de l’écriture. C’est du grec ancien que nous vient cette conjonction, « choros » signifiant « danse » et « graphie » se traduisant par « écriture ». Une fusion où le mouvement se fait verbe, où la fluidité des corps inscrit dans l’air des histoires éphémères, des récits en constante évolution.
La performance scénique, à partir des années 80, devient le terrain de jeux des âmes en quête de liberté, un espace où l’interdit et le convenu s’effacent devant l’audace et l’expérimentation. Cette période marque un renouveau, un désir ardent de briser les chaînes de la tradition pour explorer les abysses de l’expression humaine. Les corps deviennent des toiles vivantes, des pinceaux animés par la volonté farouche de peindre des émotions brutes, des pensées inexprimées.
Les performances scéniques se transforment en autels sacrificiels où les artistes offrent à leur public non seulement leur technique, mais leur vulnérabilité, leur intimité. La scène devient un lieu de confession, un espace sacré où la distinction entre l’artiste et le spectateur s’efface dans une communion de sensations et de réflexions.
Dans ce théâtre d’ombres et de lumière, la chorégraphie dépasse le cadre de la simple composition de pas de danse pour s’affirmer comme un langage universel, capable d’exprimer les facettes les plus sombres, les plus lumineuses de l’âme humaine. Les années 80 voient naître des œuvres où le corps, dans sa grâce et sa décadence, raconte les histoires silencieuses de désir, de révolte, de passion et de mort.
Dans l’antre sombre de la scène, Maguy Marin, sorcière des temps modernes, convoque les ombres de ses sept disciples, pour une danse macabre baptisée « DEUX MILLE VINGT TROIS« . Une incantation chorégraphique où le rituel s’entrelace avec la révolte, où chaque mouvement est un coup de griffe dans le visage d’un monde en ruine. C’est une performance, une émeute des corps et des âmes, où la jeunesse, vibrante d’une rage sacrée, se fait l’écho des tumultes de notre époque.
Le noir de la salle enveloppe le spectateur dans un voile d’invisible, où, derrière le chaos tangible de notre effondrement, s’agitent des spectres, des silhouettes fantomatiques qui esquissent un avenir indéchiffrable. Pendant une éternité d’une heure quarante, le mouvement se fait murmure, une promesse murmurée au creux de l’obscurité, jusqu’à ce que, soudain, surgisse de ces cendres un plateau renouvelé, une arène de renaissance.
L’ancien monde y gît encore, fragmenté, telles des reliques d’un passé agonisant, témoins silencieux d’une histoire à ne plus jamais répéter. Et alors, dans cet exode au cri de « Je ne suis pas venu à un meeting de LFI« , des privilégiés(1) qui fuient à l’appel de la contestation, se révèle le véritable visage de l’œuvre : un défi lancé à la face des bien-pensants, une ode à la commune réparation.
Ceux qui restent, qui osent plonger leur regard dans cette obscurité, découvrent au delà de la noirceur une force insoupçonnée, une lumière intérieure prête à jaillir. Sortis de l’ombre, nous sommes désormais armés, prêts à reconstruire sur les décombres d’un monde déchu.
Maguy Marin et ses interprètes, dans leur insolence créatrice, ne livrent pas une simple chorégraphie, mais une révolution, un cri de guerre contre l’apathie. « DEUX MILLE VINGT TROIS » n’est pas un spectacle, mais un manifeste, une épreuve de feu pour ceux qui osent défier l’obscurité. Sous le voile de la nuit, dans le secret d’un « invu », elle forge des guerriers de lumière.
Haïku
Sombre scène danse,
Ombres en révolte tracent,
Lumière renaît.
Tanka
Dans l’antre obscure, se meut
Un avenir reforgeant.
Cendres, spectres s’élèvent,
Plateau neuf, monde en espoir,
Renaissance d’âmes fortes.
Sonnet ou presque
Dans l’ombre dense, la scène devient terre,
Où Maguy Marin, tisseuse de rêves,
Convoque la jeunesse, ardente et sévère,
Dans un ballet où chaque pas s’élève.
Leurs corps insurgés, en tumulte se dressent,
Contre un monde éclipsé, ils osent défier,
Dans l’obscurité, leurs silhouettes glissent,
Vers un avenir, difficile à deviner.
Quand les privilégiés fuient la révolte,
Ceux qui restent y voient la force et la voie,
Surgit du néant, une arène, une volte,
Où de nouvelles âmes, en guerriers, se déploient.
« DEUX MILLE VINGT TROIS », plus qu’une danse, un cri,
Contre l’apathie, pour une vie reforgée, ainsi.
(1) : Ce soir où nous y étions 40% des personnes sont sorties durant la performance, nous avons demandé aux ouvreurs, le premier soir c’était 80%. Et effectivement un monsieur de mon âge est sortie en disant cette phrase.
