Enfant, lorsque nous préparions le blé pour le minotier local, celui qui fournissait la farine aux bons boulangers de la région, mon père sortait le van à blé en bois. C’était dans la grange dédiée à cela, où le blé particulier avait séché tout l’automne. Et au temps de l’Avent, nous créions ce vent en bois qui séparait le bon grain de l’ivraie. J’avais sept ou huit ans, je tournais la manivelle et je retrouvais les odeurs de l’été, celles du blé moissonné, dans un temps où se préparait la naissance et la renaissance. Mon père en profitait aussi pour vanner le blé qui lui servirait à faire sa semence pour l’année suivante.
Puis vint 1974. J’avais douze ans. Les remembrements, et tout cela fut fini. Le van à blé se retrouva relégué au stock des bois oubliés, peut-être promis au feu.
Nous avons détruit tant de choses, nous rendons malade notre terre, et nous continuons, en laissant le mal humain absolu, l’extrême droite, se déposer sur nos pensées et les contaminer.
Un Haïku
Vent de l’Avent pur,
le grain danse dans la lumière,
et l’ivraie s’efface.
Un Tanka
Sous la grange close,
je tourne la manivelle,
souffle d’autrefois.
Le blé chante sa promesse,
mais la terre criera la perte.
Trois haiku
Van oublié dort,
les bois rêvent d’un hiver
sans haine ni feu.
Grain contre ivraie,
le vent sépare les ombres,
l’Avent nous éclaire.
Terre enchaînée pleure,
des racines cherchent la paix,
l’homme s’est égaré.

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<3