Bien. Je viens d’achever Je t’ai aimé – Dilexi te : Exhortation apostolique de Léon XIV. Un mois entier à en lire quelques pages chaque matin, entre 7h00 et 7h15, dans le balancement du métro, comme on entre dans une méditation. Ce texte, par certains accents, rappelle l’écriture du pape François : François, pape de l’élan et de l’action, écrivait comme on marche au-devant de l’autre ; Léon, lui, semble écrire comme on réfléchit : par raison, par lenteur, par profondeur. Et cela se ressent à chaque ligne.
Je ne sais rien des coulisses de la rédaction d’un tel document ; j’imagine un texte écrit, relu, repris, discuté par plusieurs mains, mais dont l’essentiel demeure façonné par une seule voix, celle du pape. Ses inflexions, ses inclinations, ses fidélités intérieures traversent la page.
Je ne vais pas répéter ce qu’indique le résumé de l’éditeur. Je dirai seulement ceci : cette lecture m’a fait me tenir, longuement, devant la figure du pauvre, non pas une abstraction, mais la réalité singulière de chacun. Elle m’a aussi interrogé sur l’engagement, social et politique, et sur la manière dont il résonne avec ma foi. Je crois désormais que mon engagement, que d’aucuns qualifieraient volontiers de proche de l’esprit LFI, procède en vérité de la même source que mon engagement chrétien : l’autre, toujours l’autre.
Ma devise, retournée comme un gant, reprend celle de la France :
Adelphité, sorofraternité,
Égalité, en dignité,
et alors s’ouvre la Liberté, celle de vouloir ce que l’on fait et pas de faire ce que l’on veut.
Elle rejoint profondément ma foi dans l’amour du Christ, dans Celui que je nomme Abbahimma, et dans tout ce que ce nom porte d’infini et d’inconnaissable. Le tout évidement sans aucune certitude à imposer aux autres. L’amour n’est pas là.
Contempler une personne plongée dans la souffrance de sa pauvreté ne m’empêchera jamais de donner. Mais cela ne m’empêchera pas non plus de vouloir une société qui se donne pour tâche de relever ceux qui tombent, et non de se décharger sur la seule charité individuelle de ce qui relève aussi du politique.
Ces derniers temps, je m’agace de ceux qui affirment que la foi n’a pas sa place dans la sphère publique. Comment le pourrais-je ? Faudrait-il cesser de croire au moment précis où je pense, décide, m’engage ? Je prie pour que l’amour de Dieu rayonne depuis ma prière ; je prie pour la paix en ce monde : pour les victimes de Gaza, d’Ukraine, de tant de pays d’Afrique, et désormais d’Iran. Et, en même temps, en cohérence avec cette prière, j’agis et je prends position, dans la mesure de mes forces, pour que les mensonges soient dévoilés. Mon opinion n’est qu’une opinion, bien sûr, et pour devenir féconde, elle doit se confronter à d’autres dans la délibération. Ma personne importe peu. Ce qui compte, c’est la relation.
C’est pourquoi je termine avec cette citation que j’aime et qui dit l’essentiel :
« Il est évident, pour ceux qui aiment vraiment, que l’aumône ne dégage pas les autorités compétentes de leurs responsabilités, ni n’élimine l’engagement organisationnel des institutions, ni ne remplace la lutte légitime pour la justice. Mais elle invite au moins à s’arrêter et à regarder la personne pauvre en face, à la toucher et à partager avec elle quelque chose de soi-même. En tout état de cause, l’aumône, même modeste, apporte un peu de pietas dans une vie sociale où chacun court après son intérêt personnel. Le livre des Proverbes dit : « L’homme bienveillant sera béni, car il donne de son pain au pauvre » (Pr 22, 9). »
Haïku
Sous le froid du jour,
un pauvre me regarde,
mon cœur se réveille.
Tanka
Lecture du matin,
dans le bruit sourd du métro
mon âme s’éclaire.
Un visage pauvre appelle
à marcher vers la justice.
Psaume
Seigneur, tu ouvres mes yeux sur le pauvre que je croise,
et soudain son visage devient lumière sur mon chemin.
Tu ne me demandes pas de détourner le regard,
mais de m’arrêter, de toucher, de partager un peu de moi.
Car la charité ne remplace pas la justice,
et tu m’appelles à unir mes mains à celles de ceux qui relèvent.
Comment séparer ma foi de mes actes,
mon prière de ma voix, mon espérance de mon combat ?
Tu sais que je suis petit,
mais tu fais de ma petite parole une graine portée par le vent.
Seigneur, fais-moi demeurer dans l’adelphité,
dans la dignité partagée,
et dans la liberté qui naît de l’amour.
Alors, pas à pas,
le monde deviendra un lieu où nul ne sera oublié.
Et si, dans les faits, se trouve une personne riche en face de nous, millionnaire d’une expérience, alors la somme de notre pauvre regard change radicalement. La vie ne se quantifie pas.
Tes deux derniers textes sont d une immense profonde qui aide sur mon propre chemin à ne pas me perdre dans les écueil les méandres de ma propre foi et de la question politique et sociale qu on ne peut pas séparer au nom d une laïcité qui arrangerait tout le monde. On ne peut pas séparer foi et politique mais on ne peut pas séparer politique et foi. Merci pour ce texte 🕊️
❤️😔❤️🙏🙏🙏