L’Art assassiné par l’Ordre

Suite à un article dans « La Croix » et à une conversation sur Facebook avec un artiste, Vinaz Lardon, sur les IA en musique et les morceaux standardisés créés par celles-ci et diffusés en masse. Alors écrivons un peu sur l’artiste. (rappel sur mes illustrations)

L’artiste meurt lentement, étouffé sous la bureaucratie, écrasé sous les chiffres, étranglé par l’illusion des algorithmes. L’IA n’a pas tué la création, non, elle est le mirage ultime qui permet aux médiocres de croire qu’ils peuvent se passer des incendiaires, des bâtisseurs de cathédrales invisibles, des insoumis de la forme. Elle est l’excuse parfaite pour les gestionnaires, les cyniques, les rois du tableau Excel qui voudraient que tout fonctionne comme une horloge bien huilée, sans débordement, sans vertige, sans scandale.

L’échec de notre société est de croire qu’on peut se passer des artistes, de ceux qui inventent, qui créent, qui élargissent notre monde poétique. L’IA, loin d’être le mal, est un symptôme de cette illusion, une béquille pour une bourgeoisie qui ne veut pas voir que l’art ne se réduit pas à des algorithmes. La vraie création naît dans la douleur de l’accident, dans l’expérience et la passion, et non dans un organigramme froid.

L’artiste n’est pas un ouvrier du divertissement. Il n’est pas un prestataire de services. Il est un chercheur en poétique, un dynamiteur d’évidences, un éveilleur de conscience.

Et que leur dit-on, aux artistes ? Qu’il faut tout faire, tout savoir, être à la fois créateur, marketeur, vendeur, comptable, influenceur, technicien, orateur. Qu’il faut quémander des cachets comme un chien quémande une croûte de pain, que la passion se doit d’être gratuite, et que s’ils ne s’adaptent pas, d’autres prendront leur place, des simulacres, des produits de synthèse.

C’est là qu’intervient l’escroquerie suprême. L’IA ne crée rien. Elle copie, elle singe, elle mâche et recrache. Elle ne sait pas l’accident, elle ne sait pas l’extase, elle ne sait pas l’erreur sublime qui fait naître le chef-d’œuvre. Elle ne sait pas la fêlure par laquelle passe la lumière. Elle ne sait pas la brûlure de la nuit blanche où l’artiste tord le réel pour lui donner une forme inédite.

Et pourtant, le monde moderne, ce monde de bourgeois ventrus qui ne jurent que par la rentabilité, veut faire croire que tout cela est inutile. Qu’un algorithme peut remplacer la vision, qu’un programme peut supplanter le cri. Mais l’art ne se soumettra pas. Il est plus ancien que leurs empires d’acier et de capital, plus profond que leurs lois du marché.

Et que dire des artistes émergents, souvent contraints de cumuler des emplois précaires ou de vivre sous le seuil de la dignité ? Le régime d’intermittence du spectacle, bien qu’il offre un semblant de protection, devient de plus en plus un parcours du combattant. Le serpent se mord la queue, et les artistes se retrouvent piégés dans un système qui semble les dévorer.

Alors, que reste-t-il ? Lutter. Refuser de disparaître. Ne pas plier devant leur logique de rendement. Ne pas courber l’échine. Rappeler, sans relâche, que sans les artistes, il n’y a pas de demain qui vaille. Que sans la poésie, la musique, la peinture, le théâtre, la littérature, l’homme n’est plus qu’une bête comptable, une machine parmi les machines.

Qu’ils crèvent de leur ennui programmé. Nous, nous avons encore le feu.

Haïku

La main du poète—
un trait d’encre dans la nuit,
et l’aube renaît.

Sous le poids du monde,
Artistes luttent en silence,
Sauvez la beauté.

Tanka

L’ombre des poètes
glisse entre chiffres et robots—
le cri se réveille,
brûle les banques, les salons,
dans l’éclat d’un chant sauvage.

Sonnet bancale

Ils croyaient, insensés, nous vendre une lumière,
Une étoile en plastique, un rêve en faux argent.
Mais leurs dieux de néon sont morts en un instant,
Et l’artiste a repris sa place sur la pierre.

Ils voulaient que la vie se plie à leur misère,
Que l’art se soumette à leurs chiffres pesants,
Mais l’encre s’est levée, folle, indifférente,
Et brisa d’un éclat leur empire éphémère.

Car toujours, sous la cendre, un poème s’allume,
Un chant d’argile et d’ombre, un grand rire d’écume,
Qui nargue les marchands et souille leurs marchés.

Et quand leurs IA, froides, n’auront plus rien à dire,
Il restera la flamme, il restera l’Empire
Des cœurs qui savent être, au lieu de calculer.

2 réflexions sur “L’Art assassiné par l’Ordre”

  1. Je souhaite ardemment que ce monde ne sombre pas. Merci aux poeteresses acteuresses dansereuses auteuresses peinteresses musiciennersses. Lisons allons aux spectacles les acclamer. Nous en sortons tellement grandis dans nos humanités si nous y allons avec le coeur et non en vulgaires consommateurs de temps libres. Tiens lui ce mot consommateur je le laisse bien volontairement au masculin. 🙏🙏🙏🕊️👍❤️

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