L’ombre et la lumière – La croix dressée au bord du monde

Sur cette image, la croix ne s’impose pas, elle se révèle. Non pas dans la matière brute, mais dans le jeu d’ombres et de lumières, dans ce que l’œil ne voit pas immédiatement. Une absence plus présente que toute présence. Une étreinte entre la pierre, le fer rouillé et la clarté qui les traverse, comme si le bois du Golgotha s’était dissous dans le silence pour renaître dans un éclat spectral.

C’est une croix suspendue, flottante. Ni tout à fait physique, ni tout à fait mystique. Elle est là parce que la lumière veut bien l’écrire. Un rai d’or brisé, fragmenté par l’ombre d’un monde qui refuse de voir ce qu’elle éclaire pourtant. C’est là tout le chemin de croix : la lumière traverse les ténèbres, mais les ténèbres ne veulent pas la recevoir.

Et cette lumière ? Elle n’est pas crue, elle n’est pas triomphante. Elle est usée, griffée, comme si elle avait souffert d’être trop longtemps enfermée. Elle suinte à travers la pierre, elle laisse deviner des clous invisibles, des mains trouées qu’aucun sculpteur n’a gravées. Elle saigne autrement.

C’est le visage du Christ que l’on ne voit pas, mais qui nous regarde. Le cri sans bouche. Le don sans condition.

Les 14 stations du chemin de croix – L’homme qui a aimé jusqu’au bout

  1. Jésus est condamné à mort
    Pas un cri, pas un révolte. La sentence est tombée comme une pierre dans l’eau. Le pouvoir a parlé, et le pouvoir ne se trompe jamais, croit-il. Le juste livré aux chiens.
  2. Jésus est chargé de sa croix
    Le bois n’est pas un symbole, il est poids, il est douleur, il est tout ce que nous portons de trop lourd. Et pourtant, il avance. Parce qu’il n’y a pas d’autre choix, parce que l’amour n’a jamais d’autre chemin que celui qui mène à l’autre.
  3. Jésus tombe pour la première fois
    Et l’homme s’écroule sous le poids de ce que l’homme lui-même lui a donné à porter. Dieu chute. L’infini embrasse la poussière.
  4. Jésus rencontre sa mère
    Elle sait. Elle sait depuis le premier regard, depuis cette nuit dans l’étable, depuis ce temple où un vieillard lui a promis que son cœur serait transpercé. Elle ne crie pas, elle ne supplie pas. Elle est là. Elle aime. Jusqu’au bout.
  5. Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix
    Un inconnu, un passant. Il était là, alors il l’a fait. Il n’a rien demandé, mais il a porté. Comme tant d’autres, aujourd’hui encore. Ceux qui soutiennent sans savoir pourquoi, simplement parce qu’ils sont là.
  6. Véronique essuie le visage de Jésus
    Un geste inutile. Un linge sur un océan de souffrance. Mais la tendresse ne change-t-elle pas tout ? Un visage marqué, imprimé dans le tissu, comme un ultime souvenir avant la nuit.
  7. Jésus tombe pour la deuxième fois
    Et il se relève. Parce que l’amour est une chute infinie, mais qui ne renonce pas.
  8. Jésus rencontre les femmes de Jérusalem
    Il leur dit de ne pas pleurer pour lui. Le condamné console les vivants. Parce qu’il sait. Que ce qui l’attend est un abîme, mais que celui du monde est pire.
  9. Jésus tombe pour la troisième fois
    Le corps ne peut plus, mais l’âme avance. Aimer jusqu’au bout, c’est tomber jusqu’au bout.
  10. Jésus est dépouillé de ses vêtements
    L’homme nu, réduit à rien. Même la pudeur, on la lui arrache. Il ne possède plus que son souffle et sa volonté.
  11. Jésus est cloué sur la croix
    La chair transpercée. Les bras ouverts. Non pour embrasser la mort, mais pour étreindre jusqu’au bout.
  12. Jésus meurt sur la croix
    Un dernier cri, et puis le silence. La lumière s’éteint, le monde croit avoir gagné.
  13. Jésus est descendu de la croix
    Dans les bras de sa mère. Comme au premier jour. Le cercle se ferme.
  14. Jésus est mis au tombeau
    Le roc scelle la nuit. Mais déjà, dans l’ombre, quelque chose se prépare.

Pensée pour toustes mes froeurs Palestinien·ne·s … Ukrainien·ne·s, du Nigeria, du Yémen et de tous ces autres pays en guerres, ou, où sont commis des violences faites envers des innocent·e·s, enfants, femmes et aussi pour ceux que des monstres obligent à commettre ces violences. Voilà ce que nous raconte un chemin de croix

Mais déjà, dans l’ombre, quelque chose se prépare.

Rubaiyat

Sur la croix l’ombre danse et la lumière pleure,
L’homme cloué se tait, mais son amour demeure.
Le poids du monde brise ses os et sa chair,
Mais jamais le silence n’aura tant de ferveur.

Ghazal

La croix se dresse, tissée d’ombre et de feu,
Elle brille dans la nuit comme un secret silencieux.

Le bois s’ouvre, la chair cède sous les clous,
Mais l’amour ne plie pas, il consume tout.

Un cri fend le ciel, un dernier battement,
Et l’univers vacille sous ce grand dépouillement.

L’homme tombe, mais c’est la mort qui meurt,
Dans ce baiser de sang, dans ce dernier labeur.

Car même au tombeau, il veille, il attend,
La pierre roule déjà sous un souffle ardent.

Haïku

Clou dans la lumière,
L’ombre danse sur la croix,
Silence d’amour.

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