Miroir, Miroir ? Du passé !

Ah, ces pieds… Flétris, engourdis, comme des vieilles racines qui ont trop longtemps suçoté la terre humide et pourrie. J’les regarde, tout malingres, comme s’ils étaient en train d’accuser chaque pas que j’ai fait, chaque mot que j’ai laissé s’échapper. Mon vieux, ils m’ont traîné dans la fange, la boue des ruelles obscures et les bouges nauséabonds où j’ai clamé mes idées, mes convictions, celles qui m’ont enfoncé encore et encore dans le sable mouvant de la honte.

Mes jambes, ces poteaux tout maigres, tout ridés… Comme des vieilles branches qu’on voudrait briser pour allumer le feu. Un feu qui, je l’avoue, m’a consumé, m’a ravagé de l’intérieur pendant ces années sombres. À chaque fois que je m’rappelle de ce qu’ils ont soutenu, mes convictions, mes prises de positions, je sens une haine froide et piquante qui me traverse.

Ah, et puis ce ventre ! Mon Dieu, ce ventre ! Comme un sac de vieux cuir tout relâché, qui a trop bu, trop mangé, trop vécu. Un ventre qui a englouti des émotions, des regrets, mais surtout un poids, celui d’avoir suivi une route tordue, d’avoir prôné des choses que même le diable hésiterait à murmurer.

Et ce torse… Chaque cicatrice, chaque marque, chaque bout de peau flasque, c’est comme un rappel, un tatouage de ma trahison, de mon abandon, de mon égoïsme. Y’a cette amertume qui monte à chaque fois que je le contemple, comme un vieux whisky trop fort.

Alors, mon visage… Ah, ce vieux visage creusé, avec ses yeux qui ont vu l’horreur, qui ont plongé dans la folie. Un regard perdu dans le néant, cherchant la rédemption. Ma bouche, celle qui a craché tant de mots acerbes, tant de discours empoisonnés. Et ma peau, griffée par le temps, marquée par la culpabilité.

Je me contemple dans ce miroir. La culpabilité, elle me ronge, elle me dévore. C’est un monstre, un démon qui ne me lâche pas. Pourtant, j’sais, quelque part, que j’mérite cette torture. J’mérite ce tourment de me voir chaque jour, de me rappeler ce que j’ai fait, ce que j’ai dit.

Louis, vieux con ! T’as dérapé, t’as flanché, t’as penché du mauvais côté, et maintenant ? Regarde-toi. Ce n’est pas le reflet d’un homme, c’est celui d’un cadavre vivant, un fantôme qui erre, cherchant la paix, une absolution qu’il sait, au fond de lui, qu’il n’obtiendra jamais.

Le corps… cette vieille écorce, il se rappelle tout, même des choses qu’on veut oublier. Il porte les stigmates, les bleus, les cicatrices, les marques d’une vie. Tout ce qu’on a vécu, tout ce qu’on a traversé, il le grave en lui, comme un vieux chêne marque chaque année écoulée sur son tronc. Chaque douleur, chaque joie, chaque larme, chaque rire. C’est une mémoire vivante, tangible.

Le corps du Christ, lui, il doit être sacrément beau, pur, sans faute. Comme une toile immaculée, un reflet de la perfection divine. Comment pourrait-il porter les marques, les cicatrices de notre humanité si fragile, si imparfaite ? Et pourtant, il a souffert, il a saigné, il a porté le poids du monde sur ses épaules. Et ce corps, il est le symbole d’une rédemption, d’une absolution.

Je le regarde, ce miroir, et je vois ce vieillard brisé, ce vieil homme abîmé par la vie. J’ai envie de l’embrasser, de le serrer dans mes bras, de lui murmurer que tout ira bien, même si je sais que ce n’est qu’un mensonge. Je veux le rassurer, apaiser cette douleur qui le consume, cette culpabilité qui le dévore. Je veux le protéger de lui-même, de ses démons, de ses regrets. Je veux être son refuge, son sanctuaire, son salut.

Alors, je m’avance, lentement, et je le prends dans mes bras, comme on berce un enfant, comme on console un ami. Je le serre contre moi, je sens son cœur battre, je sens sa respiration s’accélérer. Je veux lui donner tout l’amour, toute la tendresse, toute la compassion dont je suis capable. Je veux lui montrer que, malgré tout, malgré ses erreurs, malgré ses fautes, il est aimé, il est précieux, il est unique. Je veux lui offrir un instant de paix, un instant de grâce, un instant d’éternité.

Rêve d’un autre ? ou cauchemar d’un corps encore vivant ?

Louis Ferdinand Céline au Miroir de sa vie

Haïku

Vieux reflet fané,
Cicatrices de la vie,
L’ombre me dévore.

Tanka

Dans le miroir sombre,
Le poids des ans et regrets,
Mon corps est un cri,
Les marques du temps passé,
Hantent mon âme blessée.

Sonnet

Dans le miroir froid où mon âge se donne,
J’aperçois les traces d’un passé insoumis,
La vie, cruelle amante, à mon corps a promis,
Des cicatrices lourdes, et une vie morne.

Chaque ride, chaque bleu, en moi une alarme sonne,
D’un passé révolu, de ces jours que j’ai maudits,
Où le vent de la jeunesse, en folie, m’a suivi,
Mais aujourd’hui, devant moi, seule la peine rayonne.

Le corps garde en mémoire chaque souffrance, rire,
Il est ce vieux roman, qu’on ne peut relire,
Témoin muet d’une vie, de douleurs, d’espoirs.

Ah ! Si je pouvais, d’un geste, tout effacer,
Renaître dans la lumière, et tout recommencer,
Mais je suis ce vieillard, perdu dans le noir.

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