Thérèse Desqueyroux par François Mauriac

Lire ce livre, ce roman, fut pour moi comme plonger dans le passé inconnu de ma mère. C’est baroque, le roman qui lui succède dans mes lectures est, Notre Dame Des Fleurs de Genet, un roman qui frappe par l’inexistence de la femme (Tintin de Hergé ?) autrement par que par la mère monstrueuse qui abandonne son enfant.

Thérèse Desqueyroux est une femme brillante, lumineuse, d’un charme mystérieux qui se situe hors de la dialectique de la beauté et de la laideur. Cette femme, comme beaucoup de personnes humaines, aurait pu être un phare pour notre humanité. Mais les us et coutumes, les mœurs, les règles, d’avant les années 60 (voir 70 – et la porte n’est pas complétement ouverte même en 2021) vont enfermer cette femme, comme on enferme sans scrupule les femmes dans le roman Un de Baumugnes, Provence de Jean Giono.

Comment peut-on passer à coté de ces romans ? L’écriture de François Mauriac est une merveille, des mots qui se posent sur le plancher du sens comme des plumes sorties d’un édredon agité et percé, et qui révèlent alors toutes les imperfections du sol, du terrain, du milieu. Lisant, je pensais à ce que les années 50 et 60 avaient fait à ma mère. Un homme, mâle, blanc, médecin de son état décide d’abuser d’elle. Elle est enceinte et c’est elle que l’on doit cacher, faire accoucher de mon frère au loin. Elle eut la vie qu’elle eut par la faute des imperfections et les noirceurs révélées par les duvets d’oies de l’édredon secoué se déposant sur nos vies.

Et je découvre Mauriac, j’ai 60 ans (59, mais bon) je vois et je lis bien tard ce qui aurait peut-être pu me donner des clefs pour comprendre la personne humaine, la femme, la mère qu’était ma mère. Bien sur qu’elle s’ennuyait. Bien sur qu’elle était romanesque. Comment en aurait-il pu être autrement ? Elle avait des ailes majestueuses et fortes, cependant la bonne société lui interdisait de voler. Et le patriarcat dominant lui dévorait ses ailes et l’accusait d’agoniser bruyamment.

Merci François Mauriac de m’avoir offert cette clef, à vous lire j’ai plongé dans les avenirs échoués de ma mère. Lire Mauriac aujourd’hui c’est redonné du sens aujourd’hui, là ou il fut détourné.

Et, cher Babelio, je vous parlerais de Giono, conteur de monde paysan d’avant 60, et puis je vous parlerais de ce Genet que je relis 45 ans après.


Postscriptum : Je n’ai pas vu le film avec Audrey Tautou !

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