Les petites filles modèles par la comtesse de Ségur

Souvenir au printemps approchant

Je repense à mon enfance
À 50 ans de là
Je revois mon village
Car en ce temps je l’appelais mon village
Mon père rependait le fumier
En 1970 on rependait encore le fumier dans les champs.
J’attendais dehors sur le banc sous la poirière
La si vieille poirière
Je ne sais si elle est encore à sa place
Ou si quelque nouveau propriétaire aura décidé de la tronçonnais modernement
Et j’étais là assis
Je lisais
Je lisais un de ces roman que ma mère, comme elle pouvait, m’offrait
Les petites filles modèles de la comtesse de Ségur.

Je ne sais pas si les enfants, la lisent encore aujourd’hui. Si Harry Potter, le garçon sorcier n’est pas préféré.
J’ai lu toute la collection de la comtesse de Ségur dans cette enfance qui était la mienne. J’avais entre 8 et 11 ans, j’étais un de ces petits garçons campagnard auvergnat de ces années 70, et on m’avait appris, surtout par l’école et les camarades que j’étais garçon et qu’un garçon, ça fait et ça aime des trucs spéciaux comme la guerre, le foot et s’opposer aux camarades pour savoir qui est le plus fort, le plus rapide.
Et pourtant, en tant que petit garçon, ce fut très formateur de lire des heures durant, les heures heureuses et malheureuses de ces deux petites filles modèles des années 1850, les amies de Sophie. J’ai donc plus grandi avec Sophie et ses cousines Camille et Madeleine qu’avec Walt Disney et ses dessins animés. Est-ce que la morale de l’une et de l’autre était proche ? Je ne suis pas sûr, celle de cette comtesse d’origine Russe était certainement plus ouverte.

Camille, plus âgée que Madeleine, avait huit ans. Mon amie Viviane était morte noyée deux ans auparavant, elle avait six ans. Camille me faisait penser à Viviane. Elle aimait courir, faire grand bruit. Madeleine préférait la douceur et la quiétude. Elles sont heureuses, et leur maman les aime tendrement. Et pourtant la mort rode. Sophie a perdu ses parents. Sa mère est morte dans le naufrage d’un bateau et son père est décédé quelques temps après. Et Sophie fait des bêtises.
Ces petites filles m’ont fait grandir. C’était un temps, quand on jouait aux chevaliers avec mes copains, j’aimais à jouer Jeanne d’Arc. Jeanne d’Arc me fascinait. Je la prenais pour le plus grand chevalier de tous les temps.

Je lisais aussi Jules Verne, je lisais les aventures d’Ulysse, l’odyssée, et n’avait pas compris que c’était son nom Odysseus, et, je lisais aussi les aventures des chevaliers de la table ronde. Mon fils, notre fils, plus tard, s’appellerait Arthur.

J’étais un garçon, certes, mais la belle comtesse m’a ouvert quelques portes importantes de la partie féminine de notre humanité.

Quelques extraits

Mme de Fleurville était la mère de deux petites filles, bonnes, gentilles, aimables, et qui avaient l’une pour l’autre le plus tendre attachement. On voit souvent des frères et des sœurs se quereller, se contredire et venir se plaindre à leurs parents après s’être disputés de manière qu’il soit impossible de démêler de quel côté vient le premier tort. Jamais on n’entendait une discussion entre Camille et Madeleine. Tantôt l’une, tantôt l’autre cédait au désir exprimé par sa sœur.
Pourtant leurs goûts n’étaient pas exactement les mêmes. Camille, plus âgée d’un an que Madeleine, avait huit ans. Plus vive, plus étourdie, préférant les jeux bruyants aux jeux tranquilles, elle aimait à courir, à faire et à entendre du tapage. Jamais elle ne s’amusait autant que lorsqu’il y avait une grande réunion d’enfants, qui lui permettait de se livrer sans réserve à ses jeux favoris.
Madeleine préférait au contraire à tout ce joyeux tapage les soins qu’elle donnait à sa poupée et à celle de Camille, qui, sans Madeleine, eût risqué souvent de passer la nuit sur une chaise et de ne changer de linge et de robe que tous les trois ou quatre jours.
Mais la différence de leurs goûts n’empêchait pas leur parfaite union.


Sophie avait été fortement impressionnée de l’aventure de Françoise et de Lucie ; elle avait senti le bonheur qu’on goûte à faire le bien. Jamais sa belle-mère ni aucune des personnes avec lesquelles elle avait vécu n’avaient exercé la charité et ne lui avaient donné de leçons de bienfaisance. Elle savait qu’elle aurait un jour une fortune considérable, et, en attendant qu’elle pût l’employer au soulagement des misères, elle désirait ardemment retrouver une autre Lucie et une autre Françoise. Un jour la mère Leuffroy, la jardinière, avec laquelle elle aimait à causer, et qui était une très bonne femme, lui dit :
« Ah ! mam’selle, il y a bien des pauvres que vous ne connaissez pas, allez ! Je connais une bonne femme, moi, par delà la forêt, qui est tout à fait malheureuse. Elle n’a pas toujours un morceau de pain à se mettre sous la dent. »
SOPHIE. – Où demeure-t-elle ? Comment s’appelle-t-elle ?
MÈRE LEUFFROY. – Elle reste dans une maisonnette qui est à l’entrée du village en sortant de la forêt ; elle s’appelle la mère Toutain. C’est une pauvre petite vieille pas plus grande qu’un enfant de huit ans, avec de grandes mains, longues comme des mains d’homme. Elle a quatre-vingt-deux ans ; elle se tient encore droite, tout comme moi ; elle travaille le plus qu’elle peut ; mais, dame ! elle est vieille, ça ne va pas fort.


« Mes chères enfants, dit un jour Mme de Fleurville, allons faire une longue promenade. Le temps est magnifique, il ne fait pas chaud ; nous irons dans la forêt qui mène au moulin. »
MARGUERITE. – Et cette fois je n’emporterai certainement pas ma jolie poupée.
MADAME DE ROSBOURG. – Je crois que tu feras bien.
CAMILLE, souriant. – À propos du moulin, savez-vous, maman, ce qu’est devenue Jeannette ?
MADAME DE FLEURVILLE. – Le maître d’école est venu m’en parler il y a peu de jours ; il en est très mécontent ; elle ne travaille pas, ne l’écoute pas ; elle cherche à entraîner les autres petites filles à mal faire. Ce qui est pis encore, c’est qu’elle vole tout ce qu’elle peut attraper ; les mouchoirs de ses petites compagnes, leurs provisions, les plumes, le papier, tout ce qui est à sa portée.
MADELEINE. – Mais comment sait-on que c’est Jeannette qui vole ? Les petites filles perdent peut-être elles-mêmes leurs affaires.
MADAME DE FLEURVILLE. – On l’a surprise déjà trois fois pendant qu’elle volait, ou qu’elle emportait sous ses jupons les objets qu’elle avait volés !

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